Permettez que nous vous appelions Cécile…

A l’occasion du rassemblement du 25 octobre 2012, devant les portes du CODERST, un écrivain-poète,  humoriste et non-violent, membre de l’association  « Ranimons la cascade ! » de Salles-la-Source, s’est adressé en ces termes, au nom de tous,  à Madame Cécile Pozzo di Borgo, préfet de l’Aveyron, dépositaire d’un dossier truffé d’irrégularités, menaçant la sécurité des habitants, sur lequel elle se voit priée de trancher.

 

« Je voudrais maintenant m’adresser à vous, Madame la Préfète.

Et c’est l’air penaud que je le fais. Nous avons en effet de plates excuses à vous adresser. Nous avons à confesser à votre égard l’une des plus impardonnables fautes qui soit : notre manque d’humour… Oui, notre manque d’humour, nous avons bien dit !

Comment, en effet, n’avons-nous pas compris que vous avez voulu nous faire marcher… Au quart de tour, nous avons démarré, Madame la Préfète… Il a suffi qu’on nous rapporte que vous alliez apposer votre paraphe sur ce fichu dossier de Salles-la-Source pour qu’aussitôt notre sang ne fasse qu’un tour… Nous n’avons pas marché ; nous avons couru !

Trois petites secondes de ce bon sens rouergat mûri durant des siècles sous les bérets et dont nous nous targuons bien à tort d’avoir hérité, un instant de réflexion nous auraient clairement montré qu’il ne pouvait s’agir de votre part que d’une plaisanterie.

Comment, en effet, un haut fonctionnaire de votre qualité pourrait-il se laisser prendre comme une vulgaire araignée dans la toile de ce dossier tissé d’illégalités ? Nous qui n’y connaissions pas grand-chose avons au fil des découvertes été ahuris par tant d’entorses à la loi! Elles ont provoqué de la part de nos avocats qui en pourtant vu d’autres des « oh! » et des « ah » significatifs de la stupeur que ces irrégularités ont provoquée chez eux… Rarement il leur a été donné de voir, nous disent-ils, un dossier aussi « pourri ». Pardonnez-nous la vulgarité du terme, mais c’est bien celui qu’ils ont employé. Comme d’ailleurs un certain nombre de hauts fonctionnaires dont nous tairons les noms.

Non, il ne vous serait jamais venu seulement à l’esprit, Mme la préfète, de vous laisser refiler cette « patate chaude » qui court en catimini depuis quatre-vingts ans dans les couloirs de cette préfecture, et qui n’a pas fini maintenant d’apparaître au grand jour. 

Mais au-delà de cet austère regard juridique sur ce qu’il faut bien appeler l' »affaire de la cascade de Salles-la-Source », comment avons-nous pu penser que vous pourriez sacrifier d’un trait de plume le développement économique de notre petit pays ? Plus exactement, le retarder d’une bonne dizaine d’années, le temps que les juges aient tranché et que le droit comme le bon sens soient restaurés à Salles-la-Source ? 

 

Pire : comment avons-nous pu vous soupçonner de soucier comme d’une guigne de la sécurité des habitants de Salles-la-Source en autorisant ce projet complètement fou ?

A notre décharge, nous dirons, Madame la préfète, que nous avons la couenne sensible sur le sujet… après tant de temps sacrifié par les bénévoles que nous sommes pour dépioter cet invraisemblable dossier, secouer la fatalité, barrer la route à l’arbitraire… Nous y avons passé des soirées, des nuits… au détriment souvent de notre vie personnelle et familiale. C’est le sentiment profond d’œuvrer pour l’intérêt général qui nous fait tenir le coup, Mme la préfète. Et qui nous rend toujours plus motivés et résolus.

C’est parce que nous avons la conviction profonde que nous oeuvrons pour les générations futures que nous osons aussi en appeler aux consciences.

Comment avons-nous pu douter de la vôtre, Mme la préfète, vous qui portez un nom fameux et que nous pu associer récemment au héros charismatique d’un film qui nous a tellement touchés (1).

Oserons-nous vous avouer ceci encore, Madame la préfète : de la femme que vous êtes nous attendons une approche différente que celle qui a prévalu pendant près d’un siècle dans ce dossier où il est question de cascade, d’eau, de la vie…

Alors, Mme la préfète, pardon d’avoir douté de vous. Pardon d’avoir marché pareillement.

Nous qui, dans ce combat que nous voulons non-violent, ne lésinons pas sur le rire, le canular, la plaisanterie, vous avez voulu nous prendre à notre propre jeu. Et vous y avez réussi !

Du coup, et puisque nous avons l’humour ensemble, que nous sommes donc faits pour nous entendre, permettez que nous vous appelions Cécile.

Vous nous avez bien eu, Cécile. Mais à votre tour, ne vous faites pas avoir. Laissez à d’autres cette patate chaude, Cécile, croyez-nous.

Et quand nous ferons la fête pour notre cascade enfin – et grâce à vous – ranimée, nous ne manquerons pas de vous inviter à venir faire la fête avec nous.

Pour tout dire, même, nous serons fiers d’avoir une Pozzo di Borgo à nos côtés…

Mais sacrée Cécile, quand même. Vous nous avez bien fait monter l’adrénaline ! »

 

(1) Le comte Philippe Pozzo di Borgo, héros du film « Intouchable », est le beau-frère de Cécile Pozzo di Borgo, préfet de l’Aveyron (Voir dans la Dépêche)

One Response to Permettez que nous vous appelions Cécile…

  1. KingKong dit :

    Cécile et l’humour vache, bien vu.

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