Salles-la-Source ou le feuilleton d’une cascade qu’on… assaseche !

Cette synthèse vous propose un résumé de la situation au 8 décembre 2010, concernant le devenir de la cascade de Salles-la-Source . Elle  est le fruit d’un travail collectif. Elle se lit comme un roman policier.

Elle fait le point sur les nombreuses irrégularités auxquelles se prête l’administration depuis 80 ans jusqu’à aujourd’hui, probablement dans l’incapacité de s’opposer à quelque puissant lobby.

Elle expose les revendications de l’association « Ranimons la cascade ! » pour ce site magnifique que nous souhaitons sauvegarder. Vous pouvez nous aider en adhérant à l’association, en faisant connaître ce texte autour de vous et en signant la pétition en ligne :

 


SALLES-LA-SOURCE
OU LE FEUILLETON D’UNE
CASCADE QU’ON…  ASSASSÈCHE


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Quel choix ?

 

Un des sites les plus merveilleux de France !… »

Il faut bien reconnaître que, dès que nous, Aveyronnais, nous mettons à vanter notre si beau et si attachant Rouergue, nous devenons vite outrancièrement chauvins. Pourtant, le jugement plus que flatteur rapporté ci-dessus à propos du site de Salles-la-Source n’émane d’aucun d’entre nous. C’est – excusez du peu ! – le fameux géographe Élysée Reclus qui parle, au XIXème siècle.

 

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On imagine ce que serait son amertume aujourd’hui s’il revenait à Salles-la-Source… Et s’il voyait à quoi a été réduite la grande cascade, ce joyau du village qu’il eut l’occasion d’admirer.

C’est à lui, tout aussi bien, que la population locale pourrait dédier la lutte qu’elle mène, qui est en train de s’amplifier ces jours-ci, mais qui, en fait, a débuté il y a quatre-vingts ans…

Le dossier peut, à première vue, paraître complexe : il y est question d’inextricables droits d’eau qui remontent aux temps de la féodalité ; de « droits fondés en titre »…

Il peut susciter le légitime questionnement des défenseurs de l’environnement puisque c’est le fonctionnement d’une micro centrale hydroélectrique qui est au centre de la contestation.

Une simple phrase cependant suffit à le résumer : « Vaut-il la peine de saccager un pareil site, et d’obérer de ce fait le développement économique de toute une région, pour une production d’énergie aussi faible ? »

S’y ajoute cette grave interrogation : « Peut-on continuer à tolérer qu’à Salles-la-Source la loi soit à ce point ignorée, bafouée, comme elle l’est depuis 1928 et comme elle l’est toujours et plus que jamais en 2010 ? »

Mais commençons notre rapide parcours par une petite promenade, sur les pas d’Élysée Reclus…

 

UN FESTIVAL D’EAU

Salles-la-Source surgit à l’improviste au détour d’un virage, une quinzaine de kilomètres après Rodez,  sur la route départementale qui conduit de la préfecture aveyronnaise à Conques, le joyau roman lui-même distant d’une vingtaine de kilomètres de là.

Tout au pied de la falaise du Causse Comtal, le village s’étage sur trois terrasses de tuf, cette roche qui provient de l’évidement du sous-sol par les eaux. Celles-ci forment la rivière du Créneau qui a mis a à profit la faille sud du Causse pour creuser sa vallée. Leur jaillissement de la roche en plusieurs résurgences donne, aussi bien pour l’érudit géologue que pour le promeneur émerveillé, un réseau hydrographique unique. Élysée Reclus en a le souffle coupé. Il chemine, prenant probablement des notes et esquissant des croquis, de « La Source » au « Trou Marite »,  à « La Gorge du Loup »  et au « Trou de l’Arnus ».  Il est monté jusque là après s’être un long moment arrêté au pied de la « Grande Cascade », le « clou » de ce somptueux festival d’eau.

 

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Déboulant entre les maisons qui se sont hasardées avec quelque hardiesse au bord de la terrasse, le Créneau s’offre un superbe bond de plus d’une vingtaine de mètres pour plonger dans une vasque au fond de laquelle s’ouvre une grotte…

Ruisseaux et rigoles serpentant du haut en bas du  village, faisant tourner roues de moulins et scieries, complètent ce panorama de livre d’images.

Il reste encore à voir le château des Ondes (pouvait-il s’appeler autrement !), celui de Saint-Laurent ; et celui du Bourg où l’émouvante église romane abrite un superbe Christ roman du XIIème siècle.

Le promeneur qui en aura le temps différera son rendez-vous avec Conques pour marcher jusqu’à l’un des soixante-sept dolmens que compte la commune, sans parler des autres monuments, églises ou châteaux, tout alentour de Salles-la-Source.

« Un des sites les plus merveilleux de la France !… », s’exclame, encore rêveur,Élysée Reclus une fois retourné devant sa page, dans la quiétude de son cabinet.

Irait-il imaginer que des mains sacrilèges vont oser défaire cette belle harmonie ?

 

 

QUAND LES ÉCOLIERS DONNAIENT LA LUMIÈRE…

Plutôt sympathiques, les premiers pas de l’hydroélectricité à Salles-la-Source, au tout début du XXème siècle… Une première turbine, qui utilise la dérivation d’eau d’un ancien moulin, est installée pour fournir en électricité l’usine de draps implantée au milieu du village, juste au-dessous de la grande cascade. Déjà, donc, se trouvait prélevée une partie du débit de celle-ci (mais dans une proportion qui n’a rien à voir avec le saccage actuel !). La propriétaire de l’usine pense aussi aux villageois.

À leur intention, elle établit en 1906 dans la partie haute de Salles-la-Source une petite dynamo qui fonctionne à l’éclusée, via une conduite forcée qui prend également l’eau d’un ancien moulin. Les Salles-Sourçois ont désormais droit à deux heures d’électricité matin et soir. Ils ne sont pas peu fiers et contents d’être parmi les tout premiers en Aveyron, et même en France, à allumer des ampoules électriques dans leurs maisons.

Chaque soir, durant toute une période, l’élève méritant de la journée a le privilège d’actionner, au moyen d’un câble depuis l’école des frères, le mécanisme qui donne la lumière au village. L’anecdote est jolie. Il aurait probablement suffi d’un rien pour que l’artisanat de l’électricité à Salles-la-Source lui ressemble. Et que les turbines tournent sereinement jusqu’à aujourd’hui pour le meilleur bénéfice de tous…

Ce « rien » n’est quand même pas négligeable puisqu’il s’appelle le respect de la démocratie par tous, y compris les notables, y compris les Pouvoirs Publics. A ces derniers revenait le devoir d’organiser équitablement le partage des eaux afin que soient respectés les intérêts de chacun, que soit préservé le site unique de Salles-la-Source.

Or l’État a cédé inconditionnellement aux pressions des notables. Et aujourd’hui, inexplicablement, son attitude n’a pas varié d’un iota.

Suivons le fil de cette grande dérive ; de ce qu’il faut bien appeler un scandale permanent…

 

PASSAGE EN FORCE  DÉJÀ EN 1930

C’est à partir de 1928 que le grand saccage commence. C’est un sénateur de l’Aveyron qui passe la vitesse au-dessus. Il est membre de la famille propriétaire de l’usine de draps du village. Il fonde, en association avec des membres de la même famille, la Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles-la-Source.

Un barrage souterrain de 4,50 mètres de hauteur et autant de large arrête les eaux du « Delta de Salles-la-Source » ; ainsi les spéléologues nomment-ils le réseau par lequel les eaux arrivent depuis l’aven du Tindoul de La Vayssière, sur le Causse Comtal, et de plus loin encore. 5000 m3 d’eau sont retenus dans le petit lac artificiel ainsi créé.

Une conduite forcée de 700 mm de diamètre et de 850 mètres de long achemine cette eau sur une petite micro centrale située au fond de la vallée, sous la dernière des trois terrasses du village. La chute est de 133, 74 mètres ; de quoi produire 770 kW.

Du même coup se trouve asséché le phénoménal réseau qui faisait l’édification des hydrogéologues et l’admiration des promeneurs.

A partir de là, même la Grande Cascade ne coulera plus que quand les patrons de la micro centrale voudront (c’est-à-dire presque jamais) ou quand le gros tuyau qui partira du barrage n’arrivera plus à boire toute l’eau des précipitations sur le Causse. Il y aura bien de timides contraintes de débit imposées par l’Administration. Mais elles ne seront jamais respectées, ou si peu.

Quelle fut à l’époque l’attitude des habitants de Salles-la-Source ? Les deux seuls meuniers qui restaient au village acceptèrent de céder leurs droits d’eau en échange de la fourniture gratuite d’électricité. Beaucoup de Salles-Sourçois travaillaient à la filature dont les propriétaires étaient partie prenante du projet. Quelques-uns trouvèrent un revenu d’appoint temporaire sur le chantier de la micro centrale. Ils furent embauchés, par exemple, avec leurs attelages de bœufs pour charrier des matériaux. L’électrification, à titre onéreux, du village fut aussi un élément qui fit passer la pilule en ces temps où la fée électricité arrivait dans les campagnes. Et puis la Société hydroélectrique savait avoir des gestes : celui, par exemple, de fournir gratuitement du courant à l’hospice.

Il semble néanmoins que, dès cette époque-là, l’atteinte portée au site ait soulevée sur place et dans toute la région une importante levée de boucliers. Sans parler des six ou sept meuniers de l’aval, jusqu’à Marcillac, le chef-lieu de canton, qui se virent du jour au lendemain privés, sans contrepartie, de leur énergie motrice ; ils n’eurent plus qu’à plier boutique ; ou, pour un seul d’entre eux, passer à l’électricité d’EDF, en ravalant une rancœur qui, elle, ne tarira pas.

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Est-ce pour des raisons liées à la défense du patrimoine que, le 28 septembre 1928, seuls six conseillers municipaux sur quinze consentirent à signer au sénateur promoteur l’autorisation de traverser un chemin vicinal avec la conduite forcée, le maire figurant parmi les opposants. Le sénateur fit quand même exécuter les travaux. A la faveur de la nuit, un lavoir que les riverains avaient édifié par souscription fut détruit et remplacé par des bacs en ciment.

Bon gré mal gré et sans autre forme de procès, les Salles-Sourçois qui bénéficiaient tous d’un droit à l’eau pour leur usage privé, tel que l’arrosage à tour de rôle des jardins, se virent ôter de facto ce privilège ancestral.

Depuis, la Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles-la-Source n’a pas cessé de prendre ses aises dans ce village où elle n’a toujours que faire de la loi.

 

À L’E AU, LES DROITS D’EAU !

Il se trouvera tout de même épisodiquement des fonctionnaires soucieux de faire respecter la légalité républicaine. En 1939, Henri Varlet, chef du Service des Forces Hydrauliques de Toulouse, découvre l’existence de cette petite usine pirate qui n’est pas répertoriée sur ses listes. Du coup, et sous la pression d’un groupe d’habitants de Salles-la-Source, le Ministère de l’Industrie enjoint à la Société hydroélectrique de régulariser sa situation et de demander une concession, ce qui était tout de même un minimum. Ses patrons refusent, alléguant que les droits fondés en titre qu’ils possèdent suffisent.

Devant l’insistance de l’Administration (pour une fois !), ils se pourvoient devant le Conseil d’État. En 1946, celui-ci leur donne tort sur toute la ligne : leurs installations sont illégales ; leurs droits d’eau ne valent rien parce qu’ils ont été détournés de leur fonction initiale : il y a loin, estiment sagement les juges, entre l’usage que fait de l’eau un moulin ou une scierie et celui qui s’exerce via une conduite forcée sur les pales des turbines d’une micro centrale.

Mais l’Administration laisse courir. Le préfet de l’Aveyron, qui a pourtant dû avoir communication de la décision du Conseil d’État, en tête.

Les turbines continuent à tourner comme si de rien n’était.

Un couple courageux, les Coudeville, qui ont une maison de vacances à Salles-la-Source, décident de secouer le cocotier. Ils créent une « Association pour la défense du site de Salles-la-Source » (qui existe toujours et travaille en phase totale avec notre association « Ranimons la cascade ! » qui a été créée à part pour des raisons de facilité pratique). En 1960, excédés peut-être par la sècheresse totale qui affecte la grande cascade cet été-là, ils interpellent le Ministère de la Culture, lui reprochant de n’avoir rien fait pour défendre le site de Salles-la-Source pourtant inscrit depuis 1945 à l’Inventaire des sites ; inscrit seulement, car des vents contraires se sont opposés au classement qui eût été logique.

Un exemple donnera une idée de la valeur que le conseil général de l’Aveyron attachait au panorama de Salles-la-Source : il avait exigé, lors de sa construction, à la fin du XIXème siècle, que la voie ferrée Rodez- Capdenac- Paris passe à ciel ouvert, et non point dans un tunnel, en face le village, sur l’autre versant de la vallée.

 

ET PENDANT CE TEMPS ELLES  TOURNENT, LES TURBINES

Saisi, le Tribunal administratif de Toulouse est d’accord avec les époux Coudeville : la Culture n’a pas fait son travail. Mais le ministère concerné persiste à ignorer les beautés de Salles-la-Source qu’il a la charge de protéger.

Un sympathisant de la cascade qui a ses entrées à l’Élysée réussit à toucher un mot du problème… au président de la République en personne ! Est-ce cette intervention qui « bouge » le dossier en direction du préfet de l’Aveyron ? En tout cas pour un piètre résultat : le 23 juillet 1962, le préfet donne à la Société hydroélectrique une autorisation d’exploiter pour trente ans… au mépris de la précédente décision du Conseil d’État.

L’association des Coudeville, qui connaît maintenant le chemin, revient alors devant le Tribunal administratif de Toulouse qui, en mai 1968, annule cette autorisation d’exploiter.

La Société hydroélectrique fait évidemment appel. Pendant ce temps, ses turbines continuent à tourner et l’Administration à ne rien faire. Faut-il voir dans cette paralysie et ce mutisme chroniques des hauts fonctionnaires sur la question de Salles-la-Source un lien de cause à effet avec la fonction qu’occupait vers la fin des années cinquante l’un des membres de la famille propriétaire de la Société si obstinément rebelle à l’application de la loi : directeur de la Sûreté Nationale ?

Il faudra dix ans, et beaucoup d’eau qui ne tombera pas dans la vasque de la Grande Cascade, pour que le Conseil d’ État finisse, le 18 février 1972, par confirmer le jugement du Tribunal administratif qui (vous nous suivez) a annulé l’autorisation préfectorale.

La Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles-la-Source paraît solidement installée dans cette drôle de rente de situation qui consiste pour elle à perdre tous les procès sans que jamais sa légitimité soit remise en cause. Jusqu’au propriétaire de la ferme de Cornelach dont les terres se trouvent au-dessus du lac souterrain qui, après trente ans de procédure, a obtenu gain de cause contre elle : elle a été contrainte de l’alimenter en eau.

Et si, durant l’été 1972, les cascades de Salles-la-Source ont de nouveau coulé comme devant, ce n’est nullement à la sollicitude de l’Administration qu’elles ont dû cette éphémère renaissance : le 23 juillet, la conduite forcée a éclaté, produisant un geyser de plusieurs dizaines de mètres de haut qui a semé la panique dans le village.

Et la commune, au milieu de cette partie de ping pong juridique qui paraît ne devoir jamais finir ? Au printemps 1972, elle a fait du troc avec la Société Hydroélectrique : l’autorisation accordée à celle-ci de traverser la voie publique et d’y effectuer des travaux contre la cession des bâtiments de l’ancienne filature (ceux-là mêmes où est aujourd’hui logé le passionnant Musée des arts et métiers traditionnels du Rouergue) ; plus un débit minimum (vraiment minimum !) certains jours, à certaines heures, à la période la plus touristique de l’année ; plus une redevance annuelle de 15 000 F.

 

UNE VRAIE FAUSSE CASCADE JAILLIE DE L’ADMINISTRATION

En 1972, le Conseil d’État avait également stipulé que la Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles-la-Source devait obéir au régime de la concession.

Ce n’est qu’en août 1973 qu’elle daignera obtempérer et faire la demande qui lui est prescrite. Entre-temps, la commune a adressé des courriers à l’Administration.  Et elle n’a pas été la seule… Extrait d’une lettre envoyée en mai 1972 par Mme de Amodio, présidente des Vieilles Maisons Françaises (une association éminemment subversive, comme chacun sait) à Robert Poujade, alors ministre de la Protection de la nature et de l’environnement : « En l’état actuel des choses, l’usine de la Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles-la-Source fonctionne irrégulièrement et elle devrait immédiatement être mise en demeure de cesser ses activités. Elle devrait solliciter une concession selon les procédures applicables en la matière. (…) Alors se posera, Monsieur le Ministre, le problème, vital pour la France et pour la Nouvelle Société, de savoir si l’on peut (…) pour la réalisation de bénéfices par une société industrielle et commerciale saccager nos sites. »

On ne saurait mieux dire en 2010 !

En 1976, l’Architecte des Bâtiments de France donnera un avis favorable pour la concession « sous réserve qu’aucune prise d’eau ne soit effectuée ni les samedis, ni les dimanches, ni les jours fériés, ni en juillet, ni en août  (…) »

Cause toujours, joyeux fonctionnaire utopiste !  Et toujours, elles tournent, les turbines…

C’est par un décret du Ministère de l’Industrie en date du 17 mars 1980 (admirons la célérité !) qu’une concession est accordée pour vingt-cinq ans à la Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles-la-Source. On trouvera en annexe la publication correspondante au Journal Officiel. Retenons juste pour le moment les dispositions concernant le débit : elles prévoient… l’installation d’une pompe qui doit alimenter la Grande Cascade en circuit fermé, lui assurant 200 litres/seconde de Pâques à la Toussaint, du lever au coucher du soleil.

Faute de garder sa vraie cascade naturelle, Salles-la-Source va donc bénéficier d’une cascade artificielle. Heureusement, le ridicule n’a jamais tué…

Heureusement encore, le même décret prévoit la possibilité d’un accord alternatif avec la municipalité. Ce qui sera fait, semble-t-il, dans des conditions que nous n’avons pas encore pu vraiment élucider mais qui apparemment n’ont pas davantage ranimé la Grande Cascade : jusqu’à cette année, elle a persisté à couler au rythme de la mauvaise volonté du concessionnaire : très peu et très peu souvent. Il aura fallu les événements et l’alerte de ces derniers mois pour qu’un filet d’eau en supplément vienne renforcer un tantinet l’illusion de cascade.

Mais n’anticipons pas.

Le concessionnaire a auparavant continué allègrement à perdre quelques procès. Sans changer de cap en ce qui concerne son pillage organisé du site. En y laissant tout de même sérieusement des plumes sur le plan financier.

 

QU’ÈS ACO, CETTE MAISON ÉCLAIRÉE ?

En 1996, la Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles-la-Source s’est mise en tête de dénoncer la convention qu’elle avait passée avec la commune. Elle a réclamé devant le tribunal le remboursement de toutes les redevances qu’elle lui avait versées depuis 1980, soit la bagatelle de 245 000 euros. La mairie gagnera ce procès… bien que tous les courriers recommandés qu’elle a pu adresser au gérant de la micro centrale lui soient revenus avec la mention « injoignable ». Admirons la loyauté du procédé.

Autre procès avec la famille Revel qui avait cédé les droits d’eau de sa scierie contre la fourniture gratuite d’électricité. Voici qu’un beau jour, ou plutôt une nuit, une panne de courant a affecté tout le secteur de Salles-la-Source. L’agent EDF accouru à la rescousse a été intrigué de voir une seule maison éclairée dans l’obscurité générale. Mise en demeure immédiate d’EDF de cesser cette atteinte à son monopole. Demande de dédommagement de la famille Revel à la Société hydroélectrique hors d’état du coup de remplir son contrat. La Cour d’Appel de Montpellier la condamnera en 2005 à verser 243 000 euros de dédommagement.

 

AUJOURD’HUI… COMME HIER !

La fin de la concession accordée à la Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles-la-Source est arrivée à son terme en 2005.

Il aura fallu cinq années pour que – selon la modification des dispositions régissant les micro centrales de faible production comme celle-ci – le gérant dépose un dossier jugé recevable de demande d’autorisation d’exploiter. C’est l’autorité préfectorale qui, en vertu des mêmes dispositions, doit décider. Le dispositif (autorisation et non concession) est plus souple car, désormais, les petites centrales électriques ne présentent plus d’intérêt stratégique pour la production d’électricité du Pays. Il doit permettre également de remettre à plat l’ensemble du dossier.

La population de Salles-la-Source a eu la surprise de voir le dossier sortir du chapeau sans crier gare au début de l’été 2010 : une enquête publique a été décrétée à la va vite, entre le 15 juin et le 15 juillet, qui est une période idéale pour consulter les citoyens.

Ce qui devait se passer en catimini a finalement éclaté au grand jour… grâce au gérant de la Société hydroélectrique. Sa dernière trouvaille : refuser de payer à la mairie la redevance convenue de 15 000 euros par an au prétexte que la concession étant arrivée à échéance la redevance qui lui est liée n’a pas davantage lieu d’exister. Puissamment raisonné… sauf que les turbines ne se sont pas arrêtées pour autant et que l’eau n’a pas été rendue à la cascade.

Du coup, la municipalité exaspérée et par un tel comportement et par l’ampleur de la dette (75 000 euros qui manquent cruellement au budget communal) a dénoncé le scandale au cours d’une conférence de presse.

Par effet dominos, les habitants se sont réveillés, ont provoqué, le 18 juin, une réunion publique… qui a débouché sur la création du collectif « Ranimons la cascade ! »… qui a organisé avec grand succès un « apéritif cascade »… puis une « vente aux enchères » burlesque de la cascade en août… et une « soirée mémoire » qui a réuni près de deux cents personnes en novembre.

Deux cents, c’est aussi, à ce jour, le nombre d’adhérents de « Ranimons la cascade ! »  maintenant constitué en association pour pouvoir ester en Justice.

Car très vite il est apparu que l’Administration était restée fidèle à ses errements du passé sur le dossier de Salles-la-Source. Y compris, outre la question essentielle des débits d’eau, sur un point qu’on avait à peu près totalement ignoré jusqu’à présent : la sécurité, alors que nul ne sait quel peut être l’impact sur l’environnement karstique du barrage et du lac souterrains ; que les installations sont vétustes, avec une conduite forcée en fin de course dont on a expérimenté en 1972 la violence du jet en cas de rupture.

On lira par ailleurs, dans le « Catalogue de la désinformation » que nous avons établi, en quoi l’enquête publique est un monument de déni de la démocratie… Le commissaire enquêteur, un gendarme en retraite, s’est ingénié à solliciter dans le sens des « avis favorables » les lettres ou dépositions des citoyens qui, tout en se déclarant favorables au maintien de la micro centrale, ont émis des réserves nombreuses et draconiennes, notamment sur le débit. Un point justement sur lequel le même commissaire enquêteur se déclare incompétent, alors que c’est le point central du dossier.

Le chef du « Service eau et biodiversité » qui, à la Direction Départementale des Territoires pilote le dossier, semble inconditionnellement du côté du gérant de la micro centrale. Il le reçoit à la moindre sollicitation alors qu’il n’a jamais daigné fixer un rendez-vous à notre association, pourtant représentative de la population locale et  soutenue par la municipalité ainsi que nombre de personnalités comme Pierre-Marie Blanquet, vice-président du conseil général de l’Aveyron, Anne Gaben-Toutant, conseillère générale du canton de Marcillac dont dépend Salles-la-Source, Bernard Burguière, président de la Commission tourisme du conseil général, Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique et social de Midi-Pyrénées, Christian Bernad, président de l’Association pour le développement de la Vallée du Lot. Les cinéastes Claude Nuridsany et Marie Pérennou, auteurs de « Microcosmos » ont adhéré à notre association, de même que Jean-François Sautereau, président il y a quelques mois encore de l’Université Paul Sabatier de Toulouse. La liste est loin d’être close et limitative…

Tout derniers épisodes en date : le Service « Eau et biodiversité » déclare le dossier clos et terminée la consultation qui a été tout à peine esquissée.  Il a pondu un projet d’arrêté à propos duquel un adhérent de notre association vient de porter par mail ce jugement qui en résume parfaitement la teneur : « À pleurer ! »

100 litres/seconde du 1er mai au 31 octobre ; 40 litres/seconde le reste du temps… c’est ce que prévoit cet arrêté. Une misère !

Si cet arrêté est pris, si le projet se réalise non seulement la cascade ne coulera plus jamais comme avant, mais le peu d’eau qui lui reste sera amputé, la Société hydroélectrique prévoyant de doubler la capacité et de ses turbines et de sa conduite forcée.

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One Response to Salles-la-Source ou le feuilleton d’une cascade qu’on… assaseche !

  1. […] La « truelle subreptice » qui du fait de son caractère discret et silencieux, servait pour les construction clandestines. Celle-ci a servi en 1930 à la construction du barrage souterrain qui alimente la conduite forcée : […]

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