Salles-la-Source a ouvert un oeil

Le « Nouvel Hebdo » du 9 juillet a fait sa « UNE » sur la cascade de Salles-la-Source.  Cet article anonyme (signé sous le pseudo « Dadou Ronron ») mais visiblement bien informé ironise sur la « léthargie » qui se serait emparée de cette commune. Il n’hésite pas à donner quelque coups de griffe à notre collectif et encore plus à nos élus…

Il nous a semblé intéressant de le mettre à disposition de nos lecteurs et de tous ceux qui se sentent concernés par la mobilisation pour la cascade. Et s’il pouvait les habitants de la commune à vraiment se réveiller ?

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« Pendant près d’un siècle les râles et borborygmes du filet d’eau asthma­tique qui tombe dans la célèbre vasque de Salles-la-source n’y ont rien fait. Ni davantage les protestations des visiteurs déçus et furieux de s’être dérangés, parfois de loin, pour assister à ce spectacle que les dépliants leur avaient annoncé somptueux et qu’ils découvrent piteux, proche du ridicule. Non, décidément Salles-la-source la mal nommée ne semblait pas devoir sortir un jour de cette léthargie qui s’est emparée jusque de sa cascade. II paraissait acquis une fois pour toutes que l’exploitant de la micro centrale électrique qui mouline l’eau au terme d’une chute de quelque cent trente mètres était le patron incontesté du site, libre de régler à sa guise le débit du « pissadou » comme certains, là-bas, ont joliment surnommé cette cascade.

II aura fallu des bruits de tire-lire pour sortir (oh ! juste un peu) les édiles locaux de leur torpeur. Le concessionnaire, un certain Goîbert, a fait une petite erreur : en s’abste­nant depuis cinq ans de payer la redevance due à la municipalité à titre de compensation, il a fini par réveiller l’instinct du bas de laine qui sommeille au fond de tout Aveyronnais. Ces braves édiles se sont brusquement souve­nu qu’il y avait une cascade à Salles-la-Source. Le temps d’une conférence de presse, ils se sont découvert un tempérament de foudre de guerre pour protester.

 

Un collectif… à la colle ?

Au fait, à quel chiffre évalueriez-vous, le montant de cette redevance qui doit normale­ment tomber dans l’escarcelle de la commune ? Allez, donnez tout de suite votre langue au chat : 15.000 euros. Mais non, pas par mois ! Par an ! Par année, oui, vous avez bien lu ! 15.000 euros pour avoir le droit de piller l’eau d’une cascade aux fins de faire tourner des turbines d’une puissance de 3 mégawatts… on vous laisse tirer vos conclusions vous-même. A ce tarif-là, tout le monde voudrait bien jouer les concessionnaires.

L’exemple des édiles a apparemment inspiré d’autres tartarins locaux. Ils ont constitué un collectif. Inspiré ou non par la mairie ? A sa dévotion ? L’avenir le dira. Ils exigent -quelle exorbitante prétention ! – que la casca­de coule. Pourquoi leur a-t-il fallu, à eux-aussi, autant de temps pour se décider à taper du poing sur la table ?… Là encore, c’est du domaine de l’inexplicable. Sans doute faut-il être de Salles-la-source, adepte de la somno­lence chronique, pour le comprendre et le concevoir. Bref, voilà un collectif qui pointe son nez. Avec d’ailleurs un joli succès à en juger la mobilisation qu’il a réussi à provo­quer lors d’une première réunion publique le 18 juin. Jusqu’au président du conseil général qui s’est souvenu du site de Salles-la-source. Nouvelle mobilisation, plus forte encore que la précédente à en juger aux photos publiées par la presse, ce samedi dernier au pied même de la cascade. Le collectif étant ainsi parvenu à marquer un bel essai, aura-t-il assez de culot, par-delà les propos bravaches, pour réussir la transformation qui lui tend les bras ? N’est-il pas déjà épuisé par l’effort qu’il vient de fournir, voire terrorisé par sa propre audace ? Certains propos d’une consensualité bêlante qu’on a pu lui entendre tenir per­mettent d’avoir des doutes. On juge par exemple impossible la négocia­tion avec le concessionnaire actuel mais on s’en voudrait de trop le dire et d’en tirer les conséquences. Reconnaissons à la conseillère générale socialiste du coin, Anne Gaben-Partouslestemps, le mérite de clamer haut et fort qu’il faut le virer, ce concessionnaire-là, et le remplacer par un pool de collectivités locales, une opinion que partagent largement responsables associatifs et citoyens sur des kilomètres à la ronde mais qui n’a apparem­ment aucune chance de se concrétiser. La révolution en marche et les rendez-vous avec l’histoire, ce n’est pas pour les petits tempé­raments.

Alors, qu’est-ce qu’il espère, au juste, notre timoré collectif ?

Influer sur l’enquête d’utilité publique en cours pour le renouvellement de la conces­sion ? En plus d’être endormis, ils sont déci­dément bien naïfs, ces braves gens de Salles-la-Source. Il y a cinq ans que la concession est arrivée à son terme et que cette enquête attend. Voici qu’elle surgit brusquement comme un lapin du chapeau d’un magicien à la mi-juin, juste à l’orée des vacances. Elle devra être bouclée le 15 juillet. Dans le genre « simple question de formalité », on ne fait pas mieux. Après tout, la préfète qui doit prendre la décision aurait bien tort de se gêner. Pourquoi encourir le risque de réveiller des citoyens qui donnent si consciencieuse­ment ?

 

Les Bâtiments de France… qu’ès aco ?

Le concessionnaire, lui, vous expliquera que la concession n’ayant pas été renouvelée, depuis cinq ans donc, il n’était pas légalement tenu de payer de redevance. Ça ne l’a nulle­ment empêché de mouliner quand même l’eau de la cascade, non ? Tous les culots, cet encravaté-là ! Et voilà qui donne une exacte idée de sa conception de l’équité. Prétendre, maintenant, que l’affaire est dans le sac pour lui…
Par effet domino, d’autres qui s’étaient endormis en sursaut, pour reprendre la for­mule d’un humoriste, semblent vouloir ouvrir un œil aussi. On dit que, par exemple, l’ar­chitecte en chef des Bâtiments de France ne décolère pas depuis qu’il a appris (par la pres­se ?) la tenue de cette enquête d’utilité publique. Il ferait une véritable question de principe du fait de n’avoir pas été consulté : le site de Salles-la-source est en effet classé. Même réaction du côté de l’administration en charge de l’eau dans le département. Ces fonctionnaires en resteront-ils à une simple question d’ego ou prendront-ils le taureau par les cornes ? Les paris sont ouverts. Nous, on serait prêts à risquer une bouteille de mançois que tout finira par se régler en douce et à l’amiable sous les lambris de la préfecture. On ne miserait pas davantage sur la combati­vité du conseil municipal de Salles-la-source, maire en tête. A quoi bon sortir de sa torpeur ce village si tranquille ? Pourquoi aurait-on l’ambition de lui donner le rayonnement qu’il mérite ? Avec beaucoup moins d’atouts, d’autres localités de Aveyron savent tirer leur épingle du jeu.

Une négociation aussi chétivement pisseuse que l’actuelle cascade renverra-t-elle Salles-la Source à ses doux rêves paresseux, moyen­nant trois sous d’augmentation de la redevan­ce payée à la mairie et quelques litres d’eau théoriques en plus dans la cascade ? Alors que le concessionnaire prévoit d’augmenter sa production de cinquante pour cent, on ne voit pas trop en vertu de quel prodige il pourrait faire davantage couler la cascade. Il dispose­ra en revanche d’un outil négociable au meilleur prix sur le marché de plus en plus juteux des opérateurs d’énergies renouve­lables. Un requin – un vrai de vrai – quelque jour sur le site : voilà qui compléterait le tableau aquatique de Salles-la-Source.

Quant au collectif « Ranimons la cascade », gageons que, tout gentillet qu’il soit, il ne tar­dera pas à agacer ces messieurs-dames de la municipalité qui, selon la vieille expression populaire, « ne veulent ni faire ni laisser faire ». Il aura alors tout le temps de retour­ner à ses chères études et de composer odes et textes lyriques à la mémoire d’une cascade qui aura perdu une belle occasion de revivre. Et il pourra toujours se mettre en sommeil jusque vers 2050 où la concession arrivera de nouveau à son terme. Espérons que son long repos lui aura été profitable car il risque de se retrouver face à un lobby repreneur de la micro centrale encore moins perméable à la négociation. Mais chut ! Ne vous indignez pas si fort : Salles-la-Source ronfle. Ce serait cruel de réveiller ce village qui mériterait, s’il en existait un, le trophée de l’immobilisme.  »

 

Dadou Ronron

 

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