Quand Nicolas Forray estimait que la conduite forcée de Salles-la-Source pouvait encore durer 20 ou 30 ans

A l’heure où l’usine hydroélectrique de Salles-la-Source est à l’arrêt depuis le 25 août 2016, suite à diverses fuites sur la conduite forcée, il semble important de revenir sur les déclarations et prévisions de Nicolas Forray, qui avait coordonné en 2015 la mission interministérielle d’enquête sur l’usine hydroélectrique de Salles-la-Source.

Celui qui est aujourd’hui responsable national sur les questions de sécurité au Ministère de l’Environnement, n’avait-il pas alors affirmé que l’installation « était en bon état et pouvait durer encore 25 à 30 ans sans travaux notables ».

Les élus locaux (Communauté de communes), se voyant déjà reprendre à leur compte l’installation, s’étaient appuyés sur ce rapport qui leur avait été personnellement présenté par son rédacteur et écrivaient dans une délibération votée le 27 juin 2016 : « les installations de la SHVSS sont dans un bon état d’entretien général, et pour partie récemment modernisées. Le niveau de sécurité est satisfaisant tant en ce qui concerne le barrage, la canalisation ou les équipements techniques de l’usine ».

Les événements viennent pourtant, semble-t-il, de donner une nouvelle fois raison à l’association  « Ranimons la cascade ! », alors qualifiée « d’extrémiste » et de « radicalisée »,  qui affirmait, s’appuyant sur de nombreux témoignages, que la conduite forcée était en très mauvais état et que la sécurité des riverains était menacée.

Nicolas Forray (Ministère de l’Environnement)  et Louis Laugier (préfet) Aveyron  – avril 2016

Nul n’est donc infaillible et le même Nicolas Forray avait également déclaré dans la Presse (Centre-Presse – 23 avril 2016) que le recours que déposera sans doute l’exploitant « ne sera nullement suspensif ». On sait qu’il n’en a rien été et on se rappelle qu’un référé (procédure judiciaire d’urgence) a été gagné par l’exploitant procédurier, le 21 décembre 2016, bloquant toutes les procédures juridiques de fermeture de l’exploitation. (Il avait été jugé par Isabelle Carthé-Mazères, devenue célèbre à cette occasion à Salles-la-Source – voir : « Il y avait donc urgence à sauver le fraudeur » ; elle a depuis lors été nommé présidente de la Cour d’Appel Administrative de Marseille).

A la décharge de Nicolas Forray, le « grand écart » que représentait pour ce haut-fonctionnaire de « en même temps » protéger les intérêts de l’Etat et lui éviter des sanctions après un aussi long fiasco, répondre aux attentes des élus subitement et provisoirement convertis en « écologistes et hommes d’affaire » et ayant oublié quelques notions de base de la démocratie, affronter une exploitant particulièrement procédurier, tout en donnant quelques gages de bonne volonté à l’association « Ranimons la cascade ! »…

Pour l’heure, les prévisions ministérielles ont plutôt échoué. Les fuites semblent nombreuses. Un nouvel arrêté municipal vient d’être signé interdisant jusqu’au 30 octobre 2017 l’accès au chemin de la Crouzie où des travaux illégaux de réparation de la conduite forcée avaient été entrepris, et ce « dans l’attente de régularisation ».

« Ranimons la cascade ! » ne peut que soutenir le maire de Salles-la-Source dans cette épreuve de force où les oppositions ne manqueront pas. D’où le sens des nouveaux panneaux placés au entrée  du village.

Affaire à suivre…

Rappel sur le rapport interministériel d’avril 2016 :

Page 14 :

« L’exploitant a communiqué à la mission les résultats d’un contrôle non destructif de la canalisation réalisé en 2011, qui montre l’extension limitée des fissures internes et de la corrosion, qui ne met pas en cause la solidité de la conduite. La mission estime que celle-ci est assurée pour une durée de vingt-cinq ans au moins. Des fuites ponctuelles peuvent survenir, sans dangerosité marquée compte tenu des pressions maximales. Un remplacement de tronçon est possible. Un examen complet à cette échéance sera nécessaire, même si aucune obligation réglementaire n’existe à ce jour, ni n’est envisagée compte-tenu des pressions maximales relativement modestes atteintes dans la conduite, par ailleurs équipée d’une cheminée d’équilibre. À titre de comparaison, la pression de service ne dépasse pas 14 bars dans la conduite forcée.

(…) La commune a interrogé la préfecture en 2015 sur un écoulement permanent au lieudit la Crouzie, qui est interprété comme une fuite de la conduite forcée qui passe à proximité. D’autres hypothèses sont envisageables pour expliquer la provenance de cette eau, par exemple l’effet de drainage des récents travaux d’assainissement ayant desservi cette zone. Ces considérations ne plaident pas pour une mise en demeure à l’exploitant. Si la commune considère la situation comme préoccupante, il lui revient de faire procéder à une ouverture de tranchée pour identifier la provenance de l’eau, en invitant la SHVSS à celle-ci. Si la fuite a pour origine la conduite, la commune pourra demander l’exécution des travaux nécessaires à la préservation des voies concernées, et le remboursement des frais engagés.
En conclusion, la canalisation ne parait pas poser de problèmes de sécurité appelant une mise à l’arrêt sans délai, ou des travaux d’urgence. »

Page 45 (envisageant une reprise par une collectivité locale) :

« Il est raisonnable de prendre une période d’activité de 20 à 25 ans compatible avec la durée sécurisée de la conduite forcée. »

(et étudiant 3 scénarios, il écarte celui du renouvellement de la conduite) :

« Trois solutions d’équipement de la chute avec un niveau d’investissement faible à modéré portant sur le nombre et la puissance des turbines en service. Le remplacement de la conduite forcée n’en fait pas partie ».

6 Responses to Quand Nicolas Forray estimait que la conduite forcée de Salles-la-Source pouvait encore durer 20 ou 30 ans

  1. Caramel dit :

    Cette mission interministérielle avait, de façon trop grossièrement visible, pour objectf de convaincre les collectivités locales de reprendre la microcentrale et d’enlever à l’Etat l’épine qu’il continue à avoir dans le pied. Heureusement pour les contribuables que vous avez vu clair et fait échouer la manoeuvre.

    • C’est aussi un peu notre analyse. L’Etat ne voulait pas reprendre en fin de concession (rappelons qu’elle s’est achevée le 31 décembre 2005 et qu’elle n’est toujours pas clôturée) cette installation dont il aurait dû payer le démantèlement qui n’avait pas été ni prévu, ni provisionné.
      Il a tout fait pour qu’elle soit reprise, y compris couvert des actes répréhensibles et fait passer en force un dossier « pourri ».
      La résistance citoyenne à ces abus a été forte et il a fallu essayer de trouver une issue à moindre frais en proposant un solution dite « de compromis », en noircissant pour cela les positions de l’association, qualifiée alors d’extrémiste radicalisée.
      La naïveté des élus devait faire l’affaire, les irrégularités ne seraient plus dénoncées et le citoyen local paierait si nécessaire le démantèlement ou la rénovation des installations.
      Il fallait néanmoins pour avoir des chances de convaincre les élus déclarer que la conduite forcée était en bonne santé, ce qui fut fait.
      Avec la rupture de la canalisation en 2017, « l’arnaque » (ou plutôt : une des nombreuses « arnaques ») éclate aujourd’hui au grand jour…

  2. Camille dit :

    Naïveté ou complicité des élus ?

    • Assurément, pour certains élus, peu au fait du dossier, la naïveté peut suffire à expliquer.

      Ajoutons-y un manque désolant de curiosité et de volonté de prendre le temps de s’informer. Il est vrai que tout ce qui touche à la fraude et à la délinquance en col blanc fait peur…

      Pour d’autres qui ont refusé de comprendre le fond du dossier ou empêché l’association de s’exprimer, notamment lors du vote à la communauté de communes, on est en droit de s’interroger…

  3. ERGE dit :

    La conduite forcée est un ouvrage financé et construit (dans l’illégalité) par la SHVSS vers 1930, soit bien après l’abrogation des droits féodaux de 1789. Ni la SHVSS, ni l’administration, ne sauraient donc prétendre, pour ces installations, à la reconnaissance de droits fondés en titre. La conduite forcée ne peut donc être considérée comme partie prenante de l’aménagement fondé en titre de la concession, et, de ce fait, a dû faire l’objet d’une remise gratuite à l’Etat en fin de concession le 31 décembre 2005. C’est un bien du domaine public hydroélectrique de lEtat, non encore déclassé. que la SHVSS considère, à tort, comme étant toujours sa propriété, puisqu’elle intervient à sa propre initiative (sans autorisation de l’Etat) sur cet ouvrage.

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