Mme Gaben-Toutant, les cavaliers seuls, ce n’est pas la démocratie

Sous le titre « Cascade de Salles-la-Source : la fin d’un conflit de 85 ans » (voir ci-dessous), le journal Centre-Presse publie dans son édition du 30 juillet 2016 un communiqué d’Anne Gaben-Toutant, conseillère départementale, vice-présidente de la communauté de communes Conques-Marcillac.

Ce texte qui acte la fin de la microcentrale et dresse un bilan au terme de six ans de combat, appelle plusieurs remarques importantes de la part de « Ranimons la cascade ! »

Nous rappellerons tout d’abord qu’Anne Gaben-Toutant a compté parmi les premiers adhérents de « Ranimons la cascade ! ». Son soutien nous a été précieux dès le départ. Il est hors de question pour nous de ne pas reconnaître son action à nos côtés. Il est simplement dommage qu’elle n’ait pas compris que son rôle d’élue était de porter les décisions prises majoritairement et démocratiquement en assemblée générale par l’association citoyenne à laquelle elle adhérait. Et non de vouloir jouer les sauveurs en faisant cavalier seul. Nous avons toujours insisté sur notre exigence de transparence. Nous ne savons que trop à quoi conduisent les négociations menées en catimini.

Pour en venir directement au communiqué paru dans la presse :

– Attendons avant de crier définitivement victoire que les arrêtés de non autorisation d’exploitation, de fermeture de l’usine et de fin de concession soient signés et se concrétisent.

– Si victoire il y a, comme nous l’espérons, nous la devrons avant tout à la mobilisation de la société civile. À tous ceux qui ont accepté de rejoindre ou de soutenir l’association « Ranimons la cascade ! », sans rien attendre en retour que la satisfaction d’avoir fait leur devoir. Infatigablement, depuis six ans, ses bénévoles de l’association ont épluché un dossier d’une complexité et d’une opacité rarement vue. Ils ont su alerter l’opinion publique en mobilisant les médias. Ils ont interpellé l’Administration et les élus. Aujourd’hui, ils ne demandent rien en récompense de tant d’efforts. Sinon d’être un minimum respectés.

– « Ranimons la cascade ! » n’acceptera aucune récupération politique de son combat. Des hauts fonctionnaires, indignes représentants des divers régimes politiques qui se sont succédés depuis 1930, ont couvert à Salles-la-Source une situation d’irrégularité qu’ils ne pouvaient ignorer. Ils ont eu pour alliés le fatalisme et le silence de beaucoup d’élus. Il a fallu, pour briser cette véritable omerta, la mobilisation de citoyens qui ont su , en dépit de sensibilités politiques fort différentes, s’unir derrière un seul objectif : faire cesser la fraude. Cela seul a pu faire avancer le dossier. Cette « conciliation des opposés » n’a pas tous les jours été facile. Mais elle a permis une mise en commun de volontés, d’énergies, de compétences qui se sont avérées d’une redoutable efficacité. Un seul exemple : le report de la signature du dossier d’autorisation a successivement été obtenu par Yves Censi (LR), puis José Bové et Marie-Françoise Vabre (EELV), enfin par Stéphane Mazars (PRG), preuve s’il en est que nous avons su mobiliser tous nos réseaux en-dehors de tout sectarisme.

– En ce qui concerne la préconisation du ministère de l’Environnement de mettre fin à la concession, rappelons tout de même qu’elle n’a été que celle de faire appliquer la loi, avec près de 11 ans de retard. Certes, ce fut un notable pas en avant après tant de « laxisme ordinaire ». Attendons, cette fois encore, que cette concession soit effectivement clôturée. Le dossier, du fait de tant de laisser-faire par le passé, va représenter un vrai casse-tête pour ceux à qui incombera la corvée de le clôturer.

– Dans son souci de décerner des satisfecit, Anne Gaben-Toutant croit souligner « l’aide précieuse de Sarah Vidal ». Que de noms ne conviendrait-il pas alors de citer ! Soit dit au passage : nous n’avons pas attendu un tel ou une telle pour avoir nos propres précieux émissaires en direction des ministères : ce fut la force, justement, de notre union. Madame Vidal a sans doute compté parmi ceux, nombreux, qui ont fait leur devoir. Qu’elle en soit remerciée… mais ni plus ni moins que tant d’autres. Nous relèverons que, si elle a participé à plusieurs rassemblements publics de soutien à « Ranimons la cascade ! », elle a décliné à toutes les prises de contact personnelles de la part de notre association, notamment en ne répondant pas à nos courriers électroniques du 21 décembre 2015, du 16 janvier 2016 et du 23 février 2016, dont elle a pourtant accusé réception.

– Remercier le maire de Salles-la-Source… Nous avons quelque peine à le faire en ce qui nous concerne. Son attitude a été plus que paradoxale en regard de ce que pouvaient laisser espérer ses engagements de campagne. Nous serions plutôt enclins à citer l’attitude déterminante des quatre adjoints contre l’avis desquels, inexplicablement, il a cru pouvoir aller, ce qui n’est pas le signe d’un grand sens de la démocratie. Il n’a pas non plus jugé utile de défendre devant la communauté de communes le vote majoritaire de son conseil municipal, ce qui ne l’honore pas davantage. Nous préférons quant à nous rendre hommage à la lucidité des 11 conseillers municipaux qui ont permis la décision que l’on sait, conformément aux engagements électoraux de l’équipe élue en 2014. Il leur a fallu un certain courage quand on sait à quelles pressions ils ont été soumis.

– Anne Gaben-Toutant exprime publiquement son regret que les élus de Salles-la-Source ne l’aient pas suivie dans son propre choix. Qu’elle sache à tout le moins qu’ils ne sont pas moins éclairés qu’elle. Ni moins soucieux de l’intérêt public. Le débat serait long. Nous aimerions juste lui rappeler un élément qu’elle paraît avoir oublié : en tant qu’adhérente de « Ranimons la cascade ! », elle avait soutenu en son temps le principe, voté à l’unanimité en assemblée générale, d’un débit minimum de la cascade de 400 l /sec. Dans la position qu’elle a soutenue récemment, un débit de 120-130 l/s lui suffisait…

– La vice-présidente de la communauté de communes Conques-Marcillac semble regretter que le vote de cette collectivité n’ait pas primé sur celui de la commune de Salles-la-Source. Aurait-il fallu que les habitants de Salles-la-Source se plient à l’avis d’élus qu’ils n’ont pas la faculté de choisir, qu’ils ne connaissent pas, au détriment de la décision des édiles qu’ils ont majoritairement désignés ? On touche là à un point qui ne laisse pas d’inquiéter sur le fonctionnement à venir de la communauté de communes. A fortiori quand on a assisté au débat, ou plutôt à son simulacre, sur le dossier de la microcentrale.

– Nous notons avec plaisir que ce qui n’était à ses yeux, il y a quelques semaines, qu’ « une simple cascade » dont nous exagérions l’intérêt est soudain devenu « une des plus belles cascade de l’Aveyron ». Quant au rôle qu’Anne Gaben-Toutant souhaite voir jouer à l’avenir par « la population » (le mot « association » n’est pas cité…) et les élus locaux, nous ne pouvons que l’approuver en nous en réjouissant. Il nous reste à espérer que tous nos élus, notre maire en tête, sachent désormais mieux fonctionner en tandem avec ceux qui les ont élus et qui manifestent, par leur engagement, un intérêt fort pour l’avenir de la commune.

– Enfin, notre devoir citoyen nous commande de ne pas nous taire ni de rester passifs vis-à-vis des graves dysfonctionnements qui ont permis quatre-vingts ans de non-droit à Salles-la-Source. Il importe maintenant d’ouvrir l’enquête, de comprendre ce qui s’est passé, de nommer les responsables qui ont failli à leur tâche dans la phase récente, bref de tout faire pour qu’un pareil déni de la loi ne se reproduise plus.

Derrière le « fiasco administratif » dénoncé par la mission interministérielle, se profilent des questions on ne peut plus concrètes : pourquoi cette attitude de mensonge et de dissimulation des pièces du dossier durant tant d’années de la part de l’Etat à tous les niveaux ? Pourquoi ce refus d’EDF de communiquer les vrais chiffres de production ? Pourquoi l’enquête du SRPJ concernant la Société hydroélectrique s’enlise-t-elle depuis près de 3 ans ? Pourquoi si peu de réactions du Procureur de la république devant tant de signalements que nous lui avons faits ? Pourquoi la protection de Bercy et des services fiscaux à la Société hydroélectrique empêche-t-elle toute poursuite de celle-ci pour fraudes comptables et fiscales ?

Se taire, c’est être complice. Vouloir tourner la page sans comprendre, c’est s’exposer à de nouveaux dysfonctionnements sur d’autres dossiers, par les mêmes responsables toujours en poste.

Restaurer la confiance dans l’Administration et rétablir le dialogue suppose que la Justice passe et nomme les responsables et les auteurs de ces délits.

C’est une nouvelle tâche qui commence. Au nom de la simple éthique, des principes républicains les plus fondamentaux, les élus de tous bords se doivent de la soutenir activement.

 

Centre-presse du 30 juillet 2016 :

cp-30-juillet-2016

 

 

 

 

 

2 Responses to Mme Gaben-Toutant, les cavaliers seuls, ce n’est pas la démocratie

  1. Desembruns dit :

    Ceux qui ont eu la charge de la commune hier ne l’ont plus aujourd’hui… Ceux qui l’ont aujourd’hui ne l’auront peut-être plus demain… C’est le jeu, parfois cruel, voire injuste, de la démocratie. Mais il faut s’y plier. Dans le débat qui vient d’avoir lieu, il est vraiment dommage que certains aient pris la cascade en otage pour assouvir des velléités de revanche dans une sorte de troisième tour des municipales qui ne disait pas son nom mais sur lequel personne n’a été dupe. Le plus incompréhensible de l’histoire c’est que le maire a paru donner dans le panneau.

  2. Extravertin dit :

    Si le maire de Salles-la-Source a vraiment eu le « respect du débat démocratique », il n’aura pas manqué, avec l’ensemble de son conseil municipal, de recadrer sévèrement le secrétaire général de la mairie qui, le jour même du vote, a envoyé un mail à tous les conseillers municipaux pour leur demander de se prononcer pour la poursuite de la microcentrale. Il y a là un manque choquant au devoir de réserve qui relève de la faute professionnelle grave. Un secrétaire de mairie a le droit de penser ce qu’il veut. Mais il ne doit pas perdre de vue qu’il est salarié de la commune. Pas un élu.

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