Les quatre célèbres gravures de Salles-la-Source de 1833 dues au baron Taylor

Souvent reproduites, les quatre célèbres gravures de Salles-la-Source de 1833 sont désormais consultables sur le site de la Bibliothèque nationale, Gallica. On les doit au baron Taylor qui dressa l’inventaire des plus beaux sites de la région « Languedoc » (la moderne région Midi-Pyrénées n’apparaitra que 140 ans plus tard…), embauchant pour cela les plus grands artistes de son époque : il y citait alors Salles-la-Source comme l’un des 7 plus beaux sites de l’Aveyron. Le contexte « romantique » de l’époque transpire largement de son oeuvre :

Grotte et cascade de Salles par Leblanc

Pour Hélène Saule-Sorbé, auteur d’une ré-édition de l’ouvrage en 2002, et dont quelques commentaires sont repris ci-dessous,  « Il y a dans chacune de ces gravures les bases d’une réactualisation, un futur qui sommeille ». En d’autres termes une réappropriation de notre passé peut poser les bases du développement futur de Salles-la-Source !

De 1833 à 1840, paraissaient 4 imposants volumes des « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France du baron Taylor », consacrés au « Languedoc », au fil de 760 planches des départements suivants (par ordre d’apparition dans l’ouvrage) : Haute-Garonne, Tarn, Tarn et Garonne, Lot, Aveyron, Aude, Pyrénées Orientales, Ariège, Héraut, Gard et Ardèche.

« Tout en s’inscrivant dans la tradition des voyages pittoresques et archéologiques initiée au siècle des lumières, cette ambitieuse édition apportait une grande part d’inédit en matière de sites monumentaux et naturels. Elle allait faire exister dans la conscience culturelle nationale, mais aussi dans l’imaginaire de nombreux français, de nouveaux territoires, de nouvelles identités paysagères ».

Moulins de Salles par Sabatier
Les ancien moulins exitent encore au dessus de la cascade. A cette époque,  les marchandises étaient remontées
à dos de mulet jusque sur le  Causse avant d’être acheminées vers Rodez

Le corps des « monuments Historiques », créé à cette époque, en 1830, contribue également à la réhabilitation et à la restauration de nombreux sites. Beaucoup cités dans cet ouvrage sont aujourd’hui inscrits ou classés.

Le maître d’œuvre de cet ouvrage est la baron Taylor, qui s’entoure de nombreux artistes talentueux et, région après région, entreprend un inventaire paysager et monumental de la France, de 1820 à 1879.

L’ouvrage « Languedoc », en 4 tomes, en est le plus vaste par l’étendue et le nombre d’œuvres. Ces ouvrages contribuent à faire ouvrir les yeux, à faire découvrir et aimer le territoire aux français, à lui donner une dimension nationale, à le « patrimonialiser ».

Dans les pages consacrées à l’Aveyron, une trentaine de gravures représentent quelques uns des plus beaux sites. Quatre sont consacrées à Salles-la-Source : « Grotte et cascade » de Leblanc, « Pont et petite croix » de Bichebois aîné, « Moulin de salles » de Sabatier d’après un dessin de Chapuy, et « Vallon de Salles » de Villeneuve. Les autres grands sites choisis comme les plus beaux de l’Aveyron sont Aubrac, Espalion, Calmont d’Olt, Rodez, Conques et Millau.

 Vallon de Salles-la-Source par Villeneuve
(On reconnait la cascade de la Crouzie avec au pied l’arrivée du ruisseau des moulins et au fond la tour du château de la Calmontie à Saint-Laurent)

Malgré la découverte de la photographie, presque à la même époque (Niepce, 1826 et Daguerre, 1837), l’ouvrage utilise le procédé de la lithogravure (« gravure sur pierre »). Elle permet de rendre, grâce à la personnalité de l’artiste, l’atmosphère de la scène et sa présence poétique ;

Le début du XIXème siècle est l’âge d’or de la lithographie. Celle-ci permet de restituer un site dans son écrin paysager, parfois embelli par quelque détail végétal au premier plan. Mais l’œuvre de Taylor vise aussi à la rigueur et la fidélité. Les jeux d’ombre et de lumière (clair-obscur) y ont une grande importance. La dimension humaine est donnée par des personnages qui font corps avec le paysage et qui servent également à donner l’échelle.

Brevetée à Londres en 1800, cette technique permet la reproduction à de multiples exemplaires, d’un tracé à l’encre. La pierre, parfaitement polie, est préparée par un procédé chimique, de telle sorte que le gras du crayon soit définitivement fixé sur la surface. Le tracé gras accepte l’encre d’impression quand la pierre polie le rejette.

En plus des monuments, l’ouvrage s’intéresse aussi à des coins de nature pure que le tempérament romantique de l’époque aime rencontrer et qu’il révèle au public : ils ravisent les citadins et font sortir les peintres de leurs ateliers.

Le « pittoresque » est une catégorie esthétique qui s’est imposée au XVIIIème siècle. Il s’applique à tout sujet convenant à la peinture et suscitant des impressions vives. Il en vint à définir, avec le « romantisme », le caractère singulier et unique d’un paysage. Il comble la soif de l’ailleurs, de l’exotique, tout comme un besoins d’un retour aux sources, à des repères immuables, à l’histoire et à la nostalgie d’une vie rustique et simple.

Pont et croix de Salles par Bichebois
(Salles-la-haut : pont sur le créneau et la croix récemment restaurée par Jean-Hugues Lindemann)

Monument de travail, cet ouvrage reflète les aspirations culturelles et la sensibilité esthétique d’une époque. Il participe à la prise de conscience d’un patrimoine national et à l’émancipation de l’individu, libre de se l’approprier par le voyage et le regard. Taylor avait compris que « les paysages ne peuvent exister que si l’on en donne des représentations. »

Pour Hélène Saule-Sorbé, auteur de cette ré-édition, « nous ne découvrons plus purement et simplement des lieux, mais chaque regard qui nous a précédé nous les fait redécouvrir. Il y a dans chacune de ces gravures les bases d’une réactualisation, un futur qui sommeille »

L’ouvrage original de Taylor est disponible à la bibliothèque municipale de Pau (Fonds Manescau)

Leblanc signe sans initiale le tableau « Grotte et cascade de Salles ». Son traitement esthétique fait penser aux « cascades de Tivoli ». Il s’agit probablement d’Alexandre Leblanc, peintre de paysages appartenant au courant classique et à l’école de Rome.

Chapuy et Sabatier sont deux artistes qui ont fourni de nombreux dessins et gravures à Taylor pour ses voyages pittoresques.

Le livre « Languedoc » a été réédité en 2002 par la « Bibliothèque de l’image ». Il est aujourd’hui épuisé. Les textes qui l’accompagnent sont d’Hélène Saule-Sorbé.

Lire aussi notamment concernant le patrimoine du site :

Alexis Monteils dans sa description du département de l’Aveyron (1844)

Pauline de Flaugergue dans ses entretiens sur la beauté de la nature (1856)

Exploration du site par le spéléologue Martel en 1891 (dictionnaire géographique de 1905)

« Un des plus merveilleux site de France » selon Elysée Reclus (repris dans l’Univers Illustré du 14 août 1910)

 

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