La cascade du roi du moulin d’Alric

Connaissez-vous le village  de Belles-Aygues ?

Son destin semble, sur plusieurs point, semblable à celui de notre si beau village  de Salles-la-Source .

Il y coule une très belle cascade qui lui a donné son nom.  Son nom révolutionnaire, car sous l’ancien régime, le village s’appelait les Aygues-au-Duc, mais plus tard, les habitants, au caractère bien trempé, avaient refusé de restituer cette appelation…

Cette histoire est tout droit sortie du dernier ouvrage d’Yves Garric, « Le roi du moulin d’Alric », un livre plein d’humour et de poésie, peuplé de personnages, réels ou imaginés, qui donnent à réfléchir. 

 

  En voici les premières lignes :

« Il ne manquait plus que la signature du préfet…

Ce que le dossier avait été bien ficelé !, s’auto-congratula in petto Louis-Antoine Léchaudé, non sans un sourire de satisfaction.

« Bien ficelé », ou plutôt… « bien ligoté ! », ne put-il s’empêcher de se reprendre, laissant un instant la bride sur le cou à cet incorrigible persifleur qui s’obstinait à sommeiller sous son costume sombre d’apprenti haut fonctionnaire.

Instantanément, par quelque étrange association d’idées, lui vinrent à l’esprit des images de son enfance : les Peaux Rouges attachant (ligotant !) leur victime au poteau de torture durant ces inoubliables parties de cow-boys et d’Indiens auxquelles il s’adonnait avec ses cousins… De fil en aiguille, il se surprit, serrant les dents, à infliger mentalement un pareil traitement à cet Ivan Duchêne qui lui avait à ce point compliqué l’existence depuis son arrivée à la préfecture, six mois plus tôt !… Et à sa bande de complices qui prétendaient avec lui se mêler des affaires de la République. Ils se montraient incapables d’intégrer que l’État pouvait avoir ses raisons que leur raison ne devait pas connaître. Ils s’ingéniaient, suprême sacrilège, à multiplier les embûches devant les roues du char de l’Administration dans le but de stopper sa course.

Mais Louis-Antoine Léchaudé veillait ! Et ils n’avaient pas tardé à apprendre de quel bois il se chauffait !

Son sourire s’était figé un moment plus tôt à l’évocation de leurs manigances. De nouveau il illuminait son juvénile visage qu’adornait une petite moustache censée apporter la touche de respectabilité virile exigée par le rôle.

Finalement, ce dossier de la cascade de Belles-Aygues représentait un bonne affaire pour le stagiaire de l’École Nationale d’Administration qu’il était ! Un super coup, même ! Ce qui s’appelait : tirer les marrons du feu…

Car le pensum que le secrétaire général lui avait collé moins de trois semaines après son arrivée avait tout de la patate chaude… Il en avait eu très vite la conviction en voyant les membres du cabinet le considérer avec des airs mi-amusés, mi-apitoyés lorsqu’ils le croisaient dans le couloir.

Un matin, devant la machine à café, un vieux cadre administratif qui semblait l’avoir à la bonne l’avait carrément affranchi :

« C’est vous, maintenant, qui héritez du serpent de mer de Belles-Aygues ? »

Sans même attendre sa réponse, il l’avait pris par les épaules et, tout en cheminant dans le corridor, à mi-voix il l’avait mis en garde :

« Je vous souhaite bien du plaisir ! Si vous m’en croyez, défaussez-vous de cette grenade au premier prétexte, avant qu’elle vous pète dans les mains ! Il y aura bientôt trois-quarts de siècle que les fonctionnaires se la refilent de bureau en bureau. Chacun prend bien soin de ne surtout pas régler le problème d’un iota. Apparemment, on vous a pris pour un pigeon. Faites gaffe quand même à ne pas y laisser des plumes ! » … 

Pour connaître la suite, rendez-vous chez votre libraire préféré. L’ouvrage paraît aujourd’hui, aux éditions Fleurines.

 

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