Histoire de la centrale hydroelectrique de Salles-la-Source de 1930 a 1977.

Dans le cadre de l’enquête publique de 1977, en vue de la demande d’autorisation d’exploiter de la centrale électrique de Salles-la-Source, l’association pour la défense du site de Salles-la-Source avait publié, sous la plume de Philippe Coudeville, ce petit historique qui en dit long sur le droit et la démocratie.

 

La carte ci-dessous dressée par l’ingénieur Varlet précise la localisation des ruisseaux et des cascades citées dans le texte  :

plan-des-cascades.salles

 

 

L’ACTION de la SOCIETE HYDROELECTRIQUE de la VALLEE de SALLES la SOURCE sur le SITE de SALLES la SOURCE

« L’agglomération de Salles la Source est située sur la route nationale 601 à 12 km au nord de Rodez. A cet emplacement, le causse Comtal, dont l’altitude est voisine de 600 m , est coupe par la vallée du Créneau, profonde d’environ 170 m.

Le Créneau prend sa source à environ 40 m au dessous ducausse Comtal dont il récolte toutes les eaux souterraines. L’exutoire principal est situe au lieu dit  » La Source « .

En descendant vers le fond de la vallée, on rencontre les diffé­rents niveaux de l’agglomération :

Salles avec l’Église, la Mairie, les Écoles, le château des Ondes ( XIIIème )

Saint Laurent et les restes du Château d’Armagnac, Le Faubourg avec l’Hospice et la route nationale, Le Bourg avec le Château et l’Église du XIIème, monu­ment historique. .

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Originairement, les eaux sortaient du rocher :

à « La Source » et formaient la grande cascade et la cascade de la Crouzie,

au « Trou Marite » et à la « Gorge du Loup » qui formaient la cascade du « Trou de l’Arnus »,

par d’autres orifices de moindre importance,

Elles coulaient dans les prairies, actionnaient des moulins, soit dans l’agglomération, soit dans la vallée proprement dite.

En 1930 Monsieur VIDAL, Sénateur de l’Aveyron, propriétaire de l’usine de draps, fonda la Société Hydroélectrique de la Vallée de Salles la Source, et réalisa :

un barrage dans la grotte de la Source afin de capter indûment toutes les eaux,

une conduite forcée amenant les eaux à l’usine hydro­électrique,

une usine hydroélectrique située au fond de la vallée.

 

Il disposait de la chute de l’usine de draps, dérivation du cours d’eau principal ; il racheta les droits des autreschutes. Ces chutes étaient considérées comme « usines fondées en titre », du fait d’une réglementation datant de François 1er. De telles usines continuent à fonctionnersans que la Loi du 16 octobre 1919 sur les installations hydroélectriques leur soit applicable en matière d’autori­sation.

Le 28 septembre 1930, M. VIDAL obtint, aux termes d’une délibération du Conseil Municipal signée seulement par 6 conseillers sur 15, et non signée par le Maire, l’autorisation de traverser le chemin vicinal n°4.

Les travaux furent effectués au mépris des droits des habitants ; c’est ainsi qu’un lavoir édifié par souscription des riverains fut supprimé pendant la nuit et remplacé par des bacs en ciment. Les propriétaires riverains furent privés de leurs droits aux eaux.

Les meuniers établis dans la vallée n’ont jamais obtenu satis­faction ; ils ne peuvent plus travailler à leur convenance.

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Les principales conséquences de tous les travaux effectués sans autorisation officielle sont :

suppression de la cascade du Trou de l’Arnus, suppression de la grande cascade et de la cascade de la Crouzie, qui ne coulent que le dimanche et les jours fériées, pendant la saison touristique, si la Société Hydroélectrique y consent, suppression de la source municipale. Le service des eaux dépend de la conduite forcée, risque d’infiltrations résultant du réservoir souterrain, le bouleversement du régime des eaux a complètement altéré le caractère pittoresque du site.

Sur le plan administratif :

En 1939, le Service des Forces Hydrauliques signale l’existence irrégulière de la Sté Hydroélectrique. Le Ministère des Travaux Publics lui enjoint de demander une concession,

La Société refuse d’obtempérer sous prétexte que les chutes étant « fondées en titre », n’ont pas à être autorisées,

 

Le Conseil d’Etat saisi du litige donne tort à la Société Hydroélectrique par un arrêt du 11 janvier 1946. Mais l’administration ne met pas la Société Hydroélectrique en demeure de régulariser sa situation par une concession.

En 1960, les époux COUDEVILLE reprochent au Ministre des Affaires Culturelles de ne pas avoir défendu le site (inscrit sur l’inventaire des sites depuis 1945).

A noter que les dirigeants de la Société Hydroélectrique se sont toujours opposés au classement du site, bien qu’il soit « un des plus merveilleux de la France » selon Elisée Reclus. Le 6 mars 1964, le Tribunal administratif de Toulouse leur donne raison. Mais le Ministre n’agit pas.

Les dirigeants de la Société Hydroélectrique sollicitent une autorisation préfectorale qui leur est accordée le 23 juillet 1962.

L’Association pour la défense du site de Salles la Source demande au Tribunal administratif de Toulouse l’annulation de l’arrêté du 25 Juillet 1962. Cet arrêté est annulé par le Tri­bunal administratif le 10 mai 1968.

La Société Hydroélectrique fait appel de ce jugement au Conseil d’État. Le 4 Février 1972 le Conseil d’État a rendu une décision qui a été publiée le 18 Février 1972. Par cet arrêt le Conseil d’État rejette la requête de la Société Hydroélectrique. L’autorisation du Préfet de l’Aveyron du 25 Juillet 1962 est définitivement annulée.

Le 23 juillet 1971, la conduite forcée a éclaté, ce qui a pro­voque une inondation et quelques dégâts. Monsieur le Maire de Salles la Source, suivi par le Conseil municipal à l’unanimité, a décidé de retirer l’autorisation qui avait été accordée le 28 septembre 1930 .

La Société ne bénéficie donc actuellement d’aucune autorisation.

Du fait de cet incident, pour la première fois depuis 40 ans, les touristes cet été ont pu contempler des cascades jaillissant naturellement comme elles le faisaient autrefois.

Le but des efforts de l’Association de Défense du site de Salles la Source est de faire réglementer l’usage des eaux de telle sorte que toutes les caractéristiques du site soient respectées, afin que le tourisme puisse jouer son rôle dans l’animation d’une commune éminemment pittoresque, d’une part, et que les meuniers puissent utiliser l’eau d’une manière rationnelle, d’autre part. »

 

Philippe Coudeville
1977

 

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