Dix raisons majeures de fermer la microcentrale hydroélectrique de Salles-la-Source

Le 7 juin 2016, aura lieu à Salles-la-Source une réunion de consultation de la population sur les deux choix possibles pour l’installation hydroélectrique pour laquelle l’autorisation sera refusée au gérant actuel :  revenir à  la situation d’avant la construction de l’usine illégale et mettre en valeur le site et ses cascades ou turbiner en asséchant à nouveau les cascades mais pour le compte de la Municipalité.

Le 17 juin 2016, aura lieu le vote du Conseil municipal.

Voici la position à ce jour de notre association (télécharger le tract)  :

UNE OCCASION UNIQUE DE REPRENDRE LA MAIN

Il y a fallu six ans, mais le scandale de la cascade de Salles-la-Source pillée illégalement depuis trois quarts de siècle pour des intérêts privés vient de s’arrêter. C’est le résultat du travail acharné effectué par « Ranimons la cascade ! ». La mission interministérielle chargée d’enquêter sur le dossier rend hommage, dans son rapport, tant à notre ténacité qu’au travail en profondeur que nous avons effectué.

Aujourd’hui, l’État place notre commune face à un double choix : fermer purement et simplement la microcentrale hydroélectrique ; laisser se poursuivre, sous une forme ou une autre, son exploitation. Forte de sa connaissance affûtée du dossier et seulement soucieuse de l’intérêt public – y compris du point de vue économique – notre association vous explique pourquoi elle estime que la seconde proposition serait un piège :

1 – UN BEAU RÊVE IMPOSSIBLE

 Concilier, à Salles-la-Source, production d’énergie douce et développement local via une meilleure valorisation du site ; contribuer ainsi à améliorer le bilan carbone… Nous comprenons d’autant mieux ceux qui caressent ce rêve pertinent et généreux que ce fut précisément le nôtre au départ de notre combat. Les faits et les chiffres nous ont vite amenés à déchanter : on ne peut techniquement pas, à Salles-la-Source, partager l’eau entre la cascade et une microcentrale. S’agissant d’un site aussi exceptionnel, le choix s’impose de lui-même. Les énergies douces ne doivent pas servir de paravents à tous les pillages.

2- UN SAC D’EMBROUILLES JURIDIQUES

 Mais le premier piège auquel la collectivité ne doit pas se laisser prendre est d’ordre juridique. Soixante quinze ans d’illégalités accumulées ne vont pas se résoudre d’un simple coup de baguette magique. Par exemple, le barrage souterrain en activité n’existe pas sur les papiers. On ne connaît même pas sa localisation cadastrale. C’est le même flou sur l’ensemble des installations. Les fameux « droits d’eau » restent pendants devant les tribunaux. Avalanche d’ennuis et de procès garantis pour qui ira se fourrer dans un tel guêpier. On comprend l’empressement de l’État à chercher un pigeon pour reprendre la patate chaude qu’il a contribué à créer.

3- SÉCURITÉ D’ABORD

 Déjà, avant toute idée de poursuite de l’exploitation de la microcentrale, la commune devrait mettre la main à la poche pour faire, à grands frais, expertiser la conduite forcée. De sérieux doutes subsistent sur l’état d’un tronçon entier enterré. Les responsables communaux ne sauraient assumer les problèmes de sécurité qu’il pose sans s’entourer d’un minimum de garanties. Toute intervention importante sur cette même conduite dans des zones « rouges », cartographiées « à risque », s’avèrerait extrêmement délicate.

 4- TURBINER MOINS POUR GAGNER PLUS !

 C’est le tour de force que propose la mission interministérielle dans son plan. À force de tâtonnements, reconnaissant elle-même qu’elle s’appuie sur des chiffres de débit du Créneau incertains car évolutifs, elle a fini par concéder 130 litres/seconde à la cascade. C’est un peu mieux que ce « pissadou » que nous avions dénoncé mais insuffisant pour la visibilité de la cascade, et trop pour une exploitation électrique rentable. Malgré le refus aussi bien de l’État que d’EDF de communiquer les chiffres de production passés de la microcentrale (ce qui ne facilite guère l’approche comptable), nos comptes à nous sont sans appel. L’eau disponible, la capacité de la retenue ne permettent absolument pas ce turbinage optimisé aux heures de pointe qu’envisage la mission interministérielle. Un éventuel repreneur s’acheminerait inéluctablement vers une perte d’exploitation. À moins…

5- DES MARCHANDAGES SANS FIN

 La conséquence du précédent constat est évidente : à la moindre baisse de rentabilité (qu’elle ait une cause industrielle ou commerciale), l’éventuel exploitant ferait pression pour changer la règle du jeu afin de pouvoir turbiner plus. Le débit réservé à la cascade se réduirait comme peau de chagrin. De même pour la période estivale prévue sans turbinage.. Et d’abord, qui contrôlerait, et comment, que le cahier des charges serait respecté ? Les services administratifs concernés ont suffisamment fait la preuve de leur incapacité, voire de leur laxisme.

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6- LE COÛT D’UN PROVISIONNEMENT

 Les installations de la microcentrale sont comparables à un vieux citron qui a été pressuré pendant trois-quarts de siècle. Quel jus peut encore en sortir ? Combien faut-il provisionner pour le remplacer ? Le rapport interministériel estime à vingt-cinq ans la durée prévisible de la conduite forcée… et sans certitude puisqu’il souligne la nécessité d’une expertise. Quel sens aurait, pour un repreneur quel qu’il soit, de surmonter tant de difficultés pour une période aussi incertaine ?

7- POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS

Sauf à faire le choix d’exploiter elle-même directement la microcentrale (et de s’exposer en première ligne aux inconvénients soulignés ci-dessus), la commune de Salles-la-Source se contenterait de percevoir une redevance de la part de l’éventuel repreneur, qu’il s’agisse de la communauté des communes, du SIEDA (Syndicat intercommunal d’énergies du département de l’Aveyron) ou d’une autre formule. Le montant de cette redevance reste incertain : le tribunal administratif ne vient-il pas de juger excessive celle qui avait été fixée pour le précédent exploitant ?
 En tout état de cause, cette redevance n’excèdera pas les 10 000 euros par an. Soit à peine 0,5 % du budget global de la commune (lequel s’équilibre autour des 2,8 millions d’euros). Imaginons un foyer qui disposerait d’un budget annuel de 20 000 euros et qui pour moins de 100 euros prendrait le risque de sacrifier son patrimoine.

8- UN RÉSEAU HYDROGÉOLOGIQUE UNIQUE…

 Non, pour 10000 ou même 15000 euros, on ne peut pas brader un site aussi exceptionnel que celui de Salles-la-Source. En pesant bien nos mots, nous disons qu’il est unique en France : au charme de sa configuration géologique s’allie celui des vieilles pierres qui témoignent d’une histoire richement documentée.
 Il suffira de démolir le barrage souterrain, de dégager les galeries qui ont été obstruées, pour que Salles-la-Source retrouve le réseau hydrogéologique tout à fait exceptionnel qui a été perdu. La Grande Cascade n’en est que l’un des joyaux. Imaginons un circuit piétonnier aménagé qui irait de la résurgence à la cascade de La Crouzie, en passant par la Gorge aux Loups ou Le Trou de l’Arnus… Alors le chef-lieu de notre commune pourrait revendiquer ce titre de « plus beau village de France » que, inexplicablement, il n’a pas su encore se donner.

9- … SUPPORT D’UN NOUVEL ÉLAN ÉCONOMIQUE

 Respecter la beauté pour la beauté, restituer celle de Salles-la-Source à ceux qui habitent ou aiment ce village, c‘est un objectif qui pourrait se suffire par lui-même.
 Mais le bien-vivre peut tout à fait s’harmoniser avec les nécessités économiques. Combien de bourgs rêveraient d’atouts comme ceux que la Nature a légués à Salles-la-Source ! De nombreux touristes passent sur l’axe Rodez-Conques. Il suffirait de peu pour les inciter à visiter davantage le village, à profiter des activités commerciales ou artisanales qui peuvent s’y créer, des formules d’hébergement, chambres d’hôtes et autres, de la région. Il y a déjà le Musée du Rouergue. Pourquoi ne pas organiser des visites guidées, jusque dans la partie souterraine du site ? On peut imaginer une « maison de pays » où seraient proposées les productions locales, à commencer par le vin de nos vignerons. Une activité en appelant une autre, des boutiques doivent ouvrir, des ateliers se créer. Pour nous, le développement local n’est pas un vain mot. Et c’est un projet sans nul doute bien plus exaltant que celui de tout miser sur une maigre et hypothétique redevance.
 Un seul emploi gagné ne vaudrait-il pas mieux qu’une hypothétique redevance ?

 10 – LA COMMUNE NE DOIT PAS SE METTRE HORS-JEU

 Mais il est une autre raison qui les surpasse toutes. Aujourd’hui Salles-la-Source se voit offrir une occasion unique et inespérée de reprendre la main sur son patrimoine. Il ne faut surtout pas se faire d’illusion : une fois qu’elle aurait choisi la poursuite de l’exploitation, la commune n’aurait plus rien à dire. Elle se serait de facto mise hors-jeu. Tout se passerait désormais entre l’exploitant retenu, qu’il soit public ou privé, et l’État. La commune pourrait juste tenter de faire, difficilement, respecter une règle floue et susceptible à tout moment d’être changée.
 Sans compter que l’État aurait toute faculté à terme, dans vingt-cinq ans, ou moins – a fortiori si les collectivités locales ou tout autre repreneur échouaient dans leur tentative de reprise – d’en confier l’exploitation à l’opérateur de son choix. Il n’y aurait pas forcément alors des innocents aux mains pleines comme ceux de « Ranimons la cascade ! » pour ferrailler contre la gestion, les méthodes, le staff d’avocats de la multinationale qui viendrait à prendre le relais.
 Nous devons aux générations futures de nous montrer avisés et prévoyants. Il est des rendez-vous avec l’histoire qu’on n’a pas le droit de rater.

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« Ranimons la cascade ! » s’est battue pendant six ans 
pour que Salles-la-Source reconquière son site.  Ne gâchons pas cette victoire !

Télécharger le tract

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« On l’a ranimée ! » – Acte I
Bientôt l’Acte II ?

 

3 Responses to Dix raisons majeures de fermer la microcentrale hydroélectrique de Salles-la-Source

  1. […] Dans un article précédent, « Ranimons la cascade ! » a résumé ses positions vis-à-vis du choix, décisif pour le territoire et les générations futures, qu’auront à faire prochainement les élus entre : […]

  2. Pierre Pradié dit :

    Je m’exprime en tant que membre de RLC par ces questions :
    1-Pourquoi n’est-il pas possible de prévoir de turbiner exclusivement après la tombée du jour et jusqu’au levé du soleil et pas du tout en été ?
    2-Il me paraît dangereux comme à vous d’impliquer la commune dans une entreprise incertaine. Quel risque pèse sur le site dans son état actuel ?
    3-Qui va prendre en charge la remise en état du site ?
    4-Va-t’on protéger l’eau de la cascade en refusant l’extension de la carrière sollicitée par Colas à Puech Hiver ?
    5-Quelle est la marge de manœuvre de la commune ?

    Je ne serai hélas pas présent pour la réunion ,
    Bien à vous ,
    Pierre Pradié

    • réponses rapides à ces intéressantes questions :
      1/ Pour le turbinage de nuit, nous y répondons en partie dans l’article : « Questions-réponses au sujet de l’usine électrique de Salles-la-Source » : d’une part, ce n’est pas du tout le projet proposé par les inspecteurs du ministère qui suggère de turbiner 24h/24 chaque fois que c’est possible, d’autre part en raison du coût global de l’installation et malgré les tarifs préférentiels payés par le consommateur pour les projets innovants en matière d’énergie renouvelable (« obligation d’achat »), le « tarif de nuit » étant très bas, il est nécessaire, pour des raisons de rentabilité de produire et vendre en « heure de pointe » le matin et le soir, à l’heure où un maximum de personnes consomment de l’électricité.
      Pour ce qui est de l’été, les inspecteurs suggèrent d’attendre le 15 juillet pour ne plus turbiner, c’est-à-dire qu’on accepte de ne pas turbiner quand la probabilité d’avoir de l’eau de manière conséquente est la plus faible…

      2/ risques financiers vu que la conduite forcée est à bout de souffle (si éclatement par exemple) et pour le démantèlement à prévoir, risques juridiques, vu l’imbroglio qui est loin d’être réglé, risque pour la sécurité des personnes, risques pénaux en cas d’accident…

      3/ si on arrête maintenant, c’est l’Etat qui doit le faire à ses frais. Il a dû (ou aurait dû !) provisionner sur les taxes perçues durant 25 ans de concession (+ 10 ans qui ont suivi) les frais de cette remise en état. Si la commune veut reprendre l’installation, elle devra payer le démontage de la conduite forcée.

      4/ Question intéressante à approfondir et à poser à la Municipalité : en matière de protection de l’environnement, tout est lié.

      5/ La commune peut dire non à la poursuite de l’exploitation et l’Etat assumera la remise en état du site à compter de juillet 2016. Les cascades se remettront à couler. Si elle choisit de poursuivre l’exploitation, elle devra à terme en assumer la responsabilité totale, y compris financière en cas de rentabilité insuffisante ou de rupture(aux frais du contribuable ?)

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