Depuis un mois dans ce village, que faisons-nous donc ? Nous l’admirons…

Depuis toujours, le site de Salles-la-Source provoque l’admiration de ses visiteurs. Elie Baïle est de ceux là.  Un mois passé à la maison de repos de Salles-la-Source en avril 1944 lui a inspiré ces lignes calligraphiées de sa belle écriture.

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« Monsieur le maire,

Arrivé depuis peu dans votre village, à mes loisirs, je continue à l’Hospice où je fus envoyé de Béziers, d’écrire des poésies sur de nombreux sujets.

Et ne pouvait faire autrement en voyant votre site et de l’entour d’essayer d’écrire une fantaisie dans laquelle perce mon admiration.

Je me permets de dessus mes cahiers d’en faire la copie, espérant avoir un peu traduit la vérité & qu’elle aura don de vous plaire.

Veuillez agréer Monsieur le maire l’assurance de ma considération. »

Elie Baïle
Hospice
Croix de guerre 1914
Ex-dessinateur de l’aviation

 

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SALLES-LA-SOURCE

Celui qui prend cette charge d’écrire

Sur un sujet, est parfois bien embarrassé,
Car (cela peut-être fera sourire !)
Il ne sait le pauvre par où commencer !
Et chose tout à fit extraordinaire,
C’est que pour tant qu’il ait tiré son plan,
les bonnes idées lui sont réfractaires
pour le rendre comme il veut intéressant !

 

Ainsi, voulant parler de salles la Source,
un petit village au cœur de l’Aveyron.
Ces coquines prennent si vite la course
Que d’écrire un seul mot ne le pouvons !

Pourtant ! Depuis un mois dans ce village
que faisons nous donc ? Nous l’admirons !
Tous deux nous contemplons son paysage,
Et matin et soir nous écrions :
Seigneur ! Créateur de la terre et des Ondes,
Du ciel, des étoiles et de tant d’splendeurs,
Disséminées aux quatre coins du monde,
En voyant celle-ci, vibre bien fort nos cœurs !

A l’entrée, sur sa plaque indicatrice
S’y voit écrit bien tout simplement
Sans illiminures, sans artifice
cette phrase que lisent les passants :
« Un des plus beaux sites de France ! »
Nous ne savons comment exprimer
notre gratitude à notre providence,
pour, sur nos vieux ans pouvoir l’admirer.

Mon cher ami Simon, disait à la veillée,
« Te souviens-tu frérot que nous avons vu,
Dans les Alpes te dans les Pyrénées
Mille endroits magnifiques perdus
Au sommet des très hautes montagnes ?
Mais qu’aucun d’eux n’avait comme ici,
Des arbres fruitiers et si verte campagne,
Beaucoup de vignes, plantées aux bons abris,
Et sur les flancs de deux longues collines
Encerclant le village et sur ses coteaux,
Qui par temps clair le soleil illumine,
des faubourgs et fermes jusqu’en haut !

Et lorsque nous promenons sur la route,
Qu’apercevons-nous sur les côtés ?
Nombreux troupeaux de moutons qui broutent
L’herbe dans l’interstice des rochers !

Des rochers ! O oui, pas de la rocaille.
Des blocs pesant des millions de kilos
formant à son entour une muraille
bien à la cime des ceux coteaux !
Qu’on dirait bâtie par des mains d’homme,
Par des hercules ou l’œuvre des Titans,
Mains endroits ressemblent à des dômes
placés exprès sur des points culminants !

L’on croit voir des châteaux qui s’effritent,
Des châteaux forets des anciens temps !
Mais tout tient bien ! Enfin cela subsiste
pour nous faire dire : « C’est Mirobolan ! »

Certes sa source et ses cascades,
Ses gouffres profonds et ses ruisseaux
me dit ensuite mon camarade,
L’on ne peut nier que tout est beau !
Tout vous transporte et vous enchante,
Et s’il fallait vraiment choisir
En contemplant toutes ses pentes,
Nous nous écririons sans réfléchir :

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C’est bien vrai qu’est superbe ce site !
Très pittoresque au plus haut degré,
mais après tout ! Les gens qui l’habitent
N’ont-ils pas pour bonne part contribué
Par leurs travaux et leur grande constance
Malgré les rocs de le rendre attrayant ?
N’est-ce pas qu’à ces bons gars de France
Tous devons leur dire sincèrement :

Savoir utiliser la terre que la nature
Vous avait donné bien chichement,
En faire un beau tapis de verdure,
Sans le secours de tous ces instruments
dénommés en tous lieux « machines »
défrichant, semant un sol ingrat,
Jusqu’au fait de vos collines,
Pour souvent un maigre résultat,
vous avez prouvé qu’impossible,
était pour vous dénué de sens !
Qu’un travail pour tant qu’il soit pénible,
ne rebute jamais les bons artisans !

 

Aussi souhaitons-nous du fond de l’âme
Que bientôt vos époux et vos enfants
Reviennent au foyer pour que les femmes
Se reposent des durs travaux de champs.

Elie Baïle

Avril 1944

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