A Salles-la-Source, l’eau, le rêve et les faits

« Ranimons la cascade ! » communique :

Faire, dans un même mouvement harmonieux, couler la cascade et tourner les turbines… un bien beau rêve pour Salles-la-Source ! Nous pouvons d’autant mieux comprendre ceux qui le caressent, voire le promeuvent avec quelque passion, que ce fut très exactement le nôtre, il y a six ans, au début de notre combat. Nous imaginions Salles-la-Source en parangon national des énergies douces et du tourisme combinés. Malheureusement, les faits et les chiffres nous ont progressivement amenés à déchanter.

Il faut dire que si notre association a ses poètes capables de célébrer avec conviction la beauté du site, elle a aussi ses ingénieurs, ses comptables et ses juristes. Ceux-là ont solidement ancré nos pieds dans la glaise. Ce qui s’appelle la complémentarité ! Rarement elle se sera aussi bien concrétisée qu’à « Ranimons la cascade ! ». Elle se retrouve jusque dans les idéologies et les appartenances politiques au conseil d’administration. Savoir surmonter nos différences et les transformer en atouts… là aura peut-être été le secret de notre efficacité. À plusieurs reprises dans son rapport, la mission interministérielle souligne le sérieux et la profondeur de notre travail.

Il faudrait plus que ces quelques lignes pour exposer les arguments sur lesquels se fondent nos conclusions. Tentons quand même d’en donner, en trois lignes, une très cursive approche…
Tout au long de son rapport, la mission pointe l’imbroglio juridique dans lequel baigne depuis les origines l’exploitation de la microcentrale. Il serait illusoire de penser que ce volet se trouve brusquement résolu d’un coup de baguette magique par l’éviction de l’exploitant indésirable. Un seul exemple : le barrage souterrain n’a pas d’existence légale. On ne connaît même pas sa localisation cadastrale. Les droits d’eau (inexistants pour la mission) restent pendants devant les tribunaux. Souhaitons bien du plaisir à qui s’enhardira à mettre la main dans l’engrenage judiciaire…

Parle-t-on sécurité ? De sérieux doutes subsistent sur tout un tronçon de la conduite enterrée. Une coûteuse expertise sera nécessaire.

Raisonne-t-on économie ? Les installations sont comparables à un vieux citron qui a été pressuré pendant trois-quarts de siècle. Quel jus peut encore en sortir ? Combien faut-il provisionner pour le remplacer ?

Pour faciliter l’approche comptable, l’Administration comme EDF refusent de donner les chiffres de production.

Les débits du Créneau ? La capacité de la retenue souterraine ? Ils apparaissent peu compatibles avec les prévisions d’exploitation. Elles confinent à la mission impossible, selon un de nos ingénieurs. Tout laisse craindre des polémiques sans fin avec un éventuel repreneur.

 Contribuer à améliorer le bilan carbone ? L’intention est généreuse. Mais les énergies douces (dont nous sommes des partisans plus que convaincus) ne doivent pas servir de paravent à tous les abus. Pour une production d’énergie équivalente au tiers de celle d’une éolienne classique, on ne peut pas, selon nous, attenter à un site aussi exceptionnel que celui de Salles-la-Source.

Apporter un complément de ressources à la commune ? Le bénéfice escompté, dans l’état actuel de nos informations, n’excèderait pas un pour cent du budget. Faut-il, pour si peu, gâcher l’option économique qui tend les bras au village ? Salles-la-Source bénéficie d’une situation en or sur l’axe Rodez-Conques. Combien de bourgs rêveraient d’atouts comme ceux que la Nature lui a légués ! Pour nous, le développement local n’est pas un vain mot. Et c’est un projet sans nul doute bien plus exaltant que celui de brader son patrimoine pour une poignée de dollars.

Bien d’autres arguments encore qui se trouvent étayés dans nos épais dossiers nous font penser qu’il faut sans hésiter tourner la page de la microcentrale, rendre leur totale liberté à la Grande Cascade et à tout le réseau hydrogéologique absolument unique de Salles-la-Source, avec sa profusion de résurgences et de cascades. Ils peuvent donner lieu à un cheminement piétonnier enchanteur, royalties pour la commune à la clé.

Mais il est une autre raison qui les surpasse toutes. Aujourd’hui l’État offre à Salles-la-Source une occasion unique et inespérée de reprendre la main sur son patrimoine. Si la microcentrale continue, il aura toute faculté à terme, dans vingt ou trente ans – a fortiori si les collectivités locales échouent dans leur tentative de reprise – d’en confier l’exploitation à l’opérateur de son choix. Il n’y aura pas forcément alors des innocents aux mains pleines comme ceux de « Ranimons la cascade ! » pour ferrailler contre la gestion, les méthodes, le staff d’avocats de la multinationale qui viendrait à prendre le relais. Il est décidément des rendez-vous avec l’histoire que, vis-à-vis des générations futures, les décideurs n’ont pas le droit de rater.

Centre-Presse – 10 mai 2016 :

cp-10-mai-2016-eau-rêve-faits

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