Du gaz de schiste s’enflamme à Salles-la-Source

Ci-joint l’article à paraître dans le nouvel hebdo gratuit « Objectif info », suite à l’accident sur la conduite forcée de l’usine de Salles-la-Source et qui nous a stupéfié :

 

Du gaz de schiste s’enflamme à Salles-la-Source :
UNE COLONNE DE FEU DE 20 MÈTRES DE HAUT
AU-DESSUS DE LA CASCADE

incendie-gaz-schistes-salles-la-source

 

objectif-info-1avril-2011

 

« Il a suffi d’un coup de pic malencontreux sur un caillou placé contre la conduite forcée ; et d’une fuite de celle-ci à l’endroit précis du choc… Il était quatorze heures trente-cinq environ lorsque l’incident s’est produit.

 

Madame Berthe Chincholle habite à proximité de la cascade. Elle était à sa fenêtre à ce moment-là. Elle raconte :

 

– « Soudain, j’ai entendu une explosion et j’ai vu sortir du tuyau des flammes à peu près comme le tronc du marronnier qui se trouve en face de chez moi ! Cette colonne de feu jaillissait plus haut que la falaise, en grondant comme un volcan. Je n’en croyais pas mes yeux ! »

L’équipe d’une dizaine d’ouvriers qui travaillaient sur le chantier en était quitte pour une belle peur : par une chance inouïe, la fuite s’étant produite sur un tronçon positionné verticalement, aucun accident de personne n’était à déplorer. Impuissants à combattre ce foyer, les témoins ne pouvaient que sécuriser les lieux, en coupant aussitôt la circulation sur la route qui monte vers la partie haute du village, et en prévenant les secours.

Rapidement sur les lieux, les pompiers de Marcillac et ceux de Rodez se rendaient très vite à l’évidence : leurs moyens ne suffiraient pas à éteindre ce feu totalement inédit tant par sa violence que par son origine qu’ils ne s’expliquaient pas.

Bientôt les commentaires allaient bon train parmi les curieux qui s’agglutinaient de plus en plus nombreux, tenus par les gendarmes à bonne distance de la cascade pareillement embrasée. Aux premiers rangs de cet attroupement, M.Caule, le maire de la commune et plusieurs membres de son conseil municipal, se disaient tout aussi surpris par ces événements :

– « Depuis quelque temps, soulignait M. Caule, nous avions attiré l’attention des Pouvoirs Publics sur la sécurité du site. Mais jamais, au grand jamais, nous n’avions pensé à des risques d’incendie. Encore moins de cette ampleur. »

D’autres, parmi les habitants du village, racontaient avoir suivi avec étonnement le le manège des équipes qu’ils avaient pu voir s’affairer sur le site de Salles-la-Source ces dernières semaines :

 

– « On avait constaté une réelle effervescence. Rien à voir avec les réparations fréquentes sur la conduite forcée particulièrement vétuste auxquelles on était habitués… », nous confiait l’un d’eux, M. Robert Saule. Denis Mathieu avait pour sa part été « plus qu’intrigué par les tenues des ouvriers qui évoluaient le long de la conduite forcée. Ils portaient des combinaisons ignifugées. On aurait dit des cosmonautes. »

Vers seize heures, un hélicoptère en provenance de Toulouse se posait sur l’aérodrome de Rodez-Marcillac. À son bord, une escouade d’experts, du BRGM et du Ministère de l’Industrie notamment, conduits par M. Dugourdin, directeur de cabinet du Ministre de l’Intérieur en personne. Ils étaient accueillis par Mme Polvé-Montmasson, préfète de l’Aveyron. Un cordon serré de gardes-mobiles empêchait les quelques journalistes présents de s’approcher de ces personnalités et même de les photographier. Précédé par les motards de la Gendarmerie, le convoi prenait aussitôt la direction de Salles-la-Source. Sur place, aux alentours de la cascade, on retrouvait le même dispositif policier. Quelques minutes après seulement cette visite sur les lieux était improvisée à la mairie du bourg une réunion à huis-clos dont les élus locaux eux-mêmes étaient fermement écartés. La délégation d’experts et de représentants des autorités repartait vers dix-huit heures sans avoir livré la moindre information ni le moindre commentaire tant aux élus qu’aux journalistes malgré leurs protestations véhémentes. Un cameran de la télévision régionale qui tentait de percer le cordon de gardes-mobiles pour effectuer des vues de la conduite forcée en flammes était repoussé sans ménagement.

Les seules explications sur cet incroyable scénario étaient livrée en soirée par M. Jean-Gérard Guibert, le gérant de la micro centrale hydroélectrique de Salles-la-Source, à sa descente de l’avion de Paris :

« Il est temps pour moi de dire toute la vérité avant qu’on cherche à me faire porter le chapeau, déclarait-il en préambule de la conférence de presse qu’il improvisait au bar de l’aéroport de Rodez-Marcillac. En réalité, c’est sous la contrainte et bien malgré moi que je m’escrime à vouloir assécher encore un peu plus la cascade de Salles-la-Source. »

On apprenait ainsi que le sous-sol du Causse Comtal dans le secteur même de Salles-la-Source abriterait la plus importante réserve de gaz de schiste découverte à ce jour. Les Pouvoirs Publics auraient imaginé tout un stratagème pour en assurer clandestinement l’exploitation sans se heuter à l’opposition de la population locale qu’on sait très hostile à cette source d’énergie en raison des importantes nuisances qu’elle occasionne. La micro centrale hydroélectrique de Salles-la-Source devait servir de paravent : le gaz recueilli sous terre aurait été acheminé jusqu’à ses installations par la conduite forcée censée détourner l’eau de la cascade. De là, un gazoduc secret l’aurait redirigé sur un centre de traitement non moins clandestin. L’importance même du gisement et de l’extraction envisagée nécessitait un doublement de la conduite. Le quasi-total assèchement programmé de la cascade présentait un autre avantage : il servait d’abcès de fixation au mécontentement de l’opinion publique, la détournant du problème des gaz de schiste.

Voilà qui donne un éclairage singulièrement nouveau sur ce dossier à bien des égards paradoxal de la micro centrale hydroélectrique de Salles-la-Source.

M. Bernard Gauvain, le président de l’Association « Ranimons la cascade ! » que nous avons joint hier soir par téléphone, nous a confié :

– « On comprend mieux maintenant l’obstination de l’Administration à soutenir l’indéfendable jusqu’à nier l’évidence, qu’il s’agisse de l’atteinte portée au site, de celle portée au droit ou de l’aberration du projet. »

Et de conclure, à propos de la torche géante d’une vintaine de mètres de haut qui continue à brûler à Salles-la-Source :

– « Quand nous parlons de « ranimer la cascade », ce n’est pas sous cette forme-là que nous l’entendons ! La seule flamme qui nous convienne est celle de la conviction que nous allons continuer à mettre pour mener notre combat.»

M. Jean-Gérard Guibert quant à lui tenait à faire la mise au point suivante :

– « On n’imagine pas ma souffrance à jouer le rôle du méchant qu’on m’a imposé dans cette histoire. Je suis profondément attaché au site de Salles-la-Source et parfaitement conscient de l’atteinte que le projet insensé qu’on m’a obligé à défendre lui porte. Mais il m’a fallu, bon gré malgré, me plier aux exigences de la raison d’État. Ceux que j’entendais affirmer qu’il y avait un réseau derrière cette affaire n’imaginaient pas à quel point ils avaient raison. Qu’aujourd’hui le pot aux roses soit dévoilé me soulage profondément. Je vais même sans tarder adhérer à « Ranimons la cascade ! »»

 

Le spectacle grandiose des flammes s’élevant au-dessus de la cascade et se reflétant dans l’eau ne manque pas d’attirer une foule d’admirateurs à Salles-la-Source. Mais il ne devrait pas durer : dans les prochaines heures, une équipe de pompiers volants américains, émules du célèbre Red Adair, doit arriver sur place. »

Objectif info – avril 2011

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2 Responses to Du gaz de schiste s’enflamme à Salles-la-Source

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